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Mais qui enseigne et publie à propos du design thinking ?

Note: bien qu’il soit préférable de parler de pensée design pour traiter du terme anglais de design thinking, j’ai préféré utiliser le terme anglais de part sa grande popularité.

Le terme design thinking apparaît dans les années 90. Sur la Figure 1 réalisée à partir des données de Web of Science, on voit une augmentation linéaire durant toute la décennie (1). Puis à partir du début des années 2000, on note une nette accélération (2). On peut probablement attribuer à Tim Brown la popularisation du terme et une vision correspondant aux méthodes utilisées au sein de l’entreprise IDEO.

Figure 1 – Évolution du terme « Design thinking » dans la littérature scientifique

Sans rentrer dans une définition rigoureuse du terme, on peut dire que le design thinking consiste à utiliser la méthodologie issue du design, notamment du design industriel, à des objets et sujets autres que ceux du design. Une méthode d’innovation et de résolution de problème s’appliquant à des enjeux d’ingénierie, d’organisation, de RH, de gouvernance, etc.

On peut alors se demander quelles sont les disciplines publiant sur le sujet. Pour répondre à cette question, les bases de données de Web of Science ont été interrogées le 14 mars 2020 sur le terme « design thinking » présent comme sujet, c’est-à-dire dans le titre, le résumé ou les mots clés. Les 100 disciplines initiales ont été regroupées en 9 familles de disciplines pour les 86406 articles publiés.

Famille de disciplinesNTaux
Sciences de la santé2196625%
Sciences du génie1361916%
Sciences de l’éducation1267015%
Sciences informatiques1088813%
Divers1014012%
Sciences économiques et de gestion78039%
Sciences sociales50086%
Sciences du design, architecture, urbanisme22063%
Sciences du vivant21062%
Total86406100%
Tableau 1 – Disciplines publiant sur le thème du « design thinking ».
Figure 2 – Représentation graphique des familles de disciplines publiant sur le thème du « design thinking ».

On voit que les trois premières familles de disciplines, correspondant à 56 % des publications dans le domaine scientifique, sont les sciences de la santé, de l’ingénierie et de l’éducation.

Qui enseigne le design thinking ?

Mais qui l’enseignent ? Pour avoir une idée de cette question, on a été interroger les grandes plateformes de cours massifs en ligne (MOOC). Tout d’abord j’ai réuni les cours se référant au design, puis identifié la famille disciplinaire des facultés, ou si cette dernière n’était pas directement identifiable, le rattachement disciplinaire des enseignants du cours. Quelques-uns sont restés non identifiés (N. I.).

Sur un total de 92 cours, le Tableau 2 regroupe les résultats par rattachement disciplinaire:

Famille de disciplinesN
Sciences de la gestion34
Sciences informatiques21
Art14
N. I.9
Sciences du génie7
Science de l’information6
Sciences du design1
Total92
Tableau 2 – Disciplines offrant des formations se référant au design sur les sites de MOOC.

Toutefois, ces différents cours portent sur des thèmes différents touchant à la créativité, à la recherche sur les usagers, etc. Sur ces 92 cours, si on regarde spécifiquement ceux se référant au design thinking, soit dans le titre du cours, soit parce qu’ils sont contributoires à une formation en design thinking, on retrouve alors 24 cours. Sur ces 24 cours, 23 sont donnés dans des formations issues des sciences de gestion (Tableau 3).

Famille de disciplinesN
Sciences de la gestion23
Sciences du génie1
Total24
Tableau 3 – Disciplines offrant des formations en design thinking sur les sites de MOOC

Conclusion

On peut donc conclure que le design thinking, tant dans son volet formatif que dans son volet de recherche, échappe largement aux sciences du design. Le terme est principalement utilisé dans les sciences de la gestion, de l’éducation, de la santé, et du génie. Reste à voir ce qu’il recouvre dans ces différents usages et quel pourrait être le discours des sciences du design sur le design thinking.

Nouvelle publication: Comprendre la recomposition des espaces de travail et l’impact sur l’innovation collective : une proposition d’ancrage dans les idéologies contemporaines

Je suis heureux d’annoncer la sortie au Presses de l’Université du Québec de notre chapitre à Thomas Coulombe-Morency et moi-même portant sur la recomposition des espaces de travail et l’impact sur l’innovation collective : une proposition d’ancrage dans les idéologies contemporaines. Celui-ci trouve sa place en guise de conclusion de l’ouvrage L’innovation collective. Quand créer devient essentiel sous la direction de Valérie Lehmann et Valérie Colomb.

Le livre n’est pas encore disponible en version papier pour cause de pandémie, mais est disponible au format ePub et PDF aux PUQ.

Dans le chapitre, nous décrivons les grandes tendances en matière de composition des espaces de travail, tels les aires ouvertes, le bureau flexible, ou encore le télétravail, etc. Nous montrons que ces tendances se trouvent encastrées dans des présupposés ou des idéologies contemporaines jamais ou rarement questionnées, tels la transparence, la désintermédiation naïve, le solutionnisme technologique, etc. La composition des espaces de travail correspond donc à une forme de matérialisation des valeurs idéologiques dans les environnements de travail.

Elles sont donc difficilement questionnables. Ainsi, la recomposition des des espaces de travail est présentée comme favorable à l’innovation, la collaboration, etc. alors que les impacts réels sont plus nuancés.

Nous précisons alors l’impact des modes de réorganisation sur 15 paramètres. Par exemple, le télétravail à un impact généralement positif en matière d’ergonomie, de bruit, de stabilité, d’intimité, d’habitudes et routines, d’ancrage dans un espace ; alors qu’il a un impact généralement négatif sur les liens avec les communautés et les relations interpersonnelles.

Le chapitre conclut sur les impacts de la recomposition des espaces sur l’innovation collective.

La crise de la COVID-19 rend ce travail encore plus important, pour comprendre la dynamique des espaces de travail dans les années à venir.

Référence:
Blum, G., & Coulombe-Morency, T. (2020). La recomposition des espaces de travail et l’impact sur l’innovation collective. Dans V. Lehmann & V. Colomb (Éds.), L’innovation collective. Quand créer avec devient essentiel. (p. 231‑252). Presses de l’Université du Québec.