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Dossier sur le design management dans Sciences du design 07

C’est avec beaucoup de plaisir que ma collègue Véronique Cova et moi-même accueillons la publication du numéro thématique sur le design management de la revue Sciences du design que nous avons dirigés .

En plus de notre article d’ouverture accessible en libre accès, trois articles sont présentés dans ce dossier. L’article de Brigitte Borja de Mozota a également été tiré au sort pour être directement accessible. Voici donc le sommaire :

Deux autres articles de Yann Aucompte et de Philippe Gauthier, Sébastien Proulx et Yaprak Hamaratdans la catégorie Varia, deux visualisations de Lisa Borgenheimer et de Fabrice Sabatier et Axel Correia, et l’éditorial de Stéphane Vial, David Bihanic et Jocelyne Le Bœuf sont également présents dans ce numéro disponible en ligne sur CAIRN. Il est également possible de commander une version papier ici.

Bonne lecture et bon été !

Le designer : acteur de l’économie et de l’innovation responsable.

Je reproduis ici le court texte paru dans le livret des finissants 2018 en design de produits. L’occasion d’aller voir les magnifiques projets de nos – ex – étudiants. L’une des caractéristiques du programme en design de produits de l’Université Laval est sa dimension entrepreneuriale (au sens large), nos étudiants étant amenés à développer un modèle économique pour leur produit.

Blum, G. (2018). Le designer : acteur de l’économie et de l’innovation responsable. In cohorte 2018 (Éd.), Première Expo (p. 87). Québec, Canada: École de design, Université Laval. Consulté à l’adresse https://www.design.ulaval.ca/files/design/LivretBDP2018.pdf

Le design est plus qu’une discipline. C’est une attitude, une approche non pas linéaire et progressive, mais tourbillonnante, pleine de vie, de passion, de compréhension, de curiosité, d’interrogation du réel, menant à un résultat, une innovation. Pour devenir réalité, l’innovation a besoin d’une structure, d’une organisation, d’un modèle économique et organisationnel. Cela peut se retrouver dans une entreprise déjà existante, mais ces dernières sont moins aptes à innover parce que déjà structurées, possédant leurs propres routines organisationnelles (Nelson et Winter, 1982), leurs sentiers de dépendance préexistants (David, 1994) menant à un enfermement créatif et économique. C’est pour cela que l’on retrouve souvent l’innovation associée à de jeunes entreprises, qui n’ont rien à perdre dans une perspective évolutionniste de l’économie. Ainsi, Schumpeter (1911) a fait de l’entrepreneur l’acteur central du capitalisme.

Or l’entrepreneuriat est le plus souvent associé aux écoles de gestion. Pourtant dans l’action d’entreprendre, il y a l’acte de créer, d’innover. Il y a cette folie nécessaire, mais maîtrisée, si lointaine de l’activité gestionnaire telle qu’elle est couramment enseignée dans les facultés d’administration, si proche de la démarche du design. Certes, un certain nombre d’apprentissages sont à faire sur la maîtrise d’outils de gestion. Mais ils ne sont pas centraux. Vaut-il mieux former un designer aux outils de la gestion ou un gestionnaire aux outils du design? La question n’est pas tranchée, mais les diplômés du baccalauréat en design de produits reçoivent aussi une solide formation en gestion. Et peut-être l’erreur, dans nos sociétés individualistes, est de vouloir faire reposer l’entrepreneuriat sur un seul individu plutôt sur une démarche partenariale.

Les diplômés du baccalauréat en design de produits sont formés à l’innovation et l’entrepreneuriat par le design, dans une perspective humaniste, sociétale, responsable, collective. Parce que peut-être jamais autant qu’aujourd’hui – de par les transitions climatique, numérique, sociétale, technologique – nous n’avons eu besoin de vrais innovateurs, de vrais entrepreneurs. Bref, de vrais designers.

Souhaitons le meilleur à nos diplômés, pour le futur du Québec, du Canada, de toute l’humanité.

Bibliographie

David, P. A. (1994). Why are institutions the ‘carriers of history’?: Path dependence and the evolution of conventions, organizations and institutions. Structural Change and Economic Dynamics, 5(2), 205‑220.

Nelson, R. R., & Winter, S. G. (1982). An evolutionary theory of economic change. Belknap Press of Harvard University Press Cambridge, Mass.

Schumpeter, J. (1911). Théorie de l’évolution économique. Recherche sur le profit, le crédit, l’intérêt et le cycle de la conjoncture. Consulté à l’adresse http://classiques.uqac.ca/classiques/Schumpeter_joseph/theorie_evolution/theorie_evolution_2.pdf

Le design thinking est-il partout, sauf en design ?

[English will follow]

Vous êtes convié mardi 3 avril de 15h15 à 17h15 à une table ronde sur le thème Le design thinking est-il partout, sauf en design ? dans le cadre des journées de l’innovation de l’Abbé Grégoire, organisée au conservatoire des arts et métiers à Paris. Vous pouvez vous inscrire en envoyant un courriel à l’adresse suivante:

designthinkingeverywhere@gmail.com

Avant toute chose, nous souhaitons faire discuter et se rencontrer chercheurs et praticiens en gestion et en design.

Participeront:

  • Brigitte Borja de Mozota
    Maître de Conférences Honoraire à l’Université de Paris Ouest France
    Institut ACTE (UMR 8218, CNRS/Université Paris 1)
  • Estelle Berger
    Docteure en Arts Appliqués, enseignante chercheure, Strate Ecole de Design, Sèvres, France
  • Giulia Marcocchia
    PhD candidate, i-3 SES Telecom ParisTech
  • Bérangère Lauren Szostak
    Professeur des Universités en Sciences de Gestion
    Université de Lorraine, Laboratoire BETA,
  • Martin Kupp
    Associate Professor, ESCP Europe
    Director of research, Chair of Entrepreneurship

Organisateurs:

  • Frédérique Pain
    Directrice de la Recherche, Strate Ecole de Design
  • Guillaume Blum
    Professeur à l’école de design de l’Université Laval
    Groupe design, innovation et humanismes

Arguments

Depuis quelques années, l’intérêt pour le design thinking ou la pensée design s’est grandement accru. Entre janvier 2004 et novembre 2017 les recherches associées ont cru de plus de 16 fois (source: Google Trends). Dans la littérature scientifique, les premières références remontent à 1976. En 2000, on dénombrait 4 références là où l’on en retrouvait 279 en 2016 (source: Web of science). Et la tendance ne semble pas s’amoindrir.

Évolution du nombre d’articles scientifique sur le thème de la pensée design.
Source: Web of science.

La pensée design est l’objet de nombreux débats contradictoires. Le courant le plus souvent représenté la décrit comme une méthode de résolution de problèmes grâce à un processus théorisé à partir de la pratique des designers. Décrite notamment par Brown (2008) et par l’entreprise IDEO, elle vise à permettre à des non-designers d’appliquer la pensée design à leurs problèmes, quels qu’ils soient, pour aboutir à des solutions innovantes. D’autres comme Boland et Collopy (2004) y voient une théorie du management. Kimpbell (2011) identifie trois perspectives de la recherche sur la pensée design : un style cognitif, une théorie du design, une ressource pour les organisations. Plusieurs voient un problème dans l’application « bête et méchante » d’une procédure, sans en comprendre le quoi et le pourquoi, sans qu’elle ne soit adaptée à la culture de l’organisation. Ainsi, Kupp et al. (2017) à repenser la pensée design.

Paradoxalement, le champ d’intervention de la pensée design s’est développé indépendamment de la recherche et des pratiques en design. En effet, 1) la pensée design s’est beaucoup diffusée dans le monde de l’entreprise comme une forme d’innovation managériale visant à proposer une méthodologie permettant créativité et innovation. Ce faisant, elle s’est éloignée de la pratique du design en tant que telle, ce qui n’est pas sans créer de nombreuses tensions. Or, 2) on observe l’existence de la pensée design principalement dans les écoles et formations en gestion et bien peu dans celles de design.

Il existerait donc une tension entre la pensée design 1) comme fondement réflexif de la pratique du design (comment le design se pense) et 2) comme méthode de gestion applicable en vue d’améliorer le taux de produits et services innovants. Or, tout se passe comme si ces deux univers évoluaient indépendamment l’un de l’autre, sans tisser de liens.

Or, peut-on pratiquer la pensée design sans designer? S’agit-il de la même pratique, qu’un designer soit présent ou non dans le processus? Si oui, on peut alors se questionner sur l’apport des études en design? Imaginerait-on la construction d’un pont après une formation courte en “engineering thinking” ? La prescription de médicaments après un workshop “prescription thinking” ? Si non qu’appelle-t-on le design dans la pensée design ?

On peut donc légitimement se questionner quant à savoir qui porte la responsabilité de ce non-dialogue? Est-ce le praticien de la pensée design, obnubilé par sa pratique, perdant de vue la discipline d’origine? Ou le designer refusant toute hybridation et dialogue? La responsabilité est-elle partagée? Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là?


We are organizing a round table Tuesday, April 3 from 15:15 to 17:15 on the theme

Design thinking is everywhere. Except in design?

as part of the  Abbé Grégoire Innovation Days, organized at the Conservatoire des arts et métiers (CNAM), Paris. If you are interested to participate, you can register by sending an email to the following address:

designthinkingeverywhere@gmail.com

Participants:

  • Brigitte Borja de Mozota
    Honorary associate professor at the University of Paris Ouest France
    ACTE Institute (UMR 8218, CNRS / University Paris 1)
  • Estelle Berger
    PhD in Applied Arts,
    Lecturer and researcher, Strate School of Design, Sèvres, France
  • Giulia Marcocchia
    PhD candidate, i-3 SES Telecom ParisTech
  • Bérangère Lauren Szostak
    Full Professor in Management
    University of Lorraine, BETA Laboratory
  • Martin Kupp
    Associate Professor, ESCP Europe
    Director of Research, Chair of Entrepreneurship

Organizers:

  • Frédérique Pain
    Director of Research, Strate School of Design
  • Guillaume Blum
    Professor at the design school of the Laval University
    Group design, innovation and humanisms

We want to discuss and meet researchers and practitioners in design and management fields.

Bibliography

  • Boland, R., & Collopy, F. (2004). Managing as Designing – Common. Stanford University Press.
  • Brown, T. (2014). L’Esprit design: Comment le design thinking change l’entreprise et la stratégie. Montreuil (Seine-Saint-Denis): Pearson Education.
  • Kimbell, L. (2011). Rethinking Design Thinking: Part I. Design and Culture, 3(3), 285‑306. https://doi.org/10.2752/175470811X13071166525216
  • Kupp, M., Anderson, J., & Reckhenrich, J. (2017). Why Design Thinking in Business Needs a Rethink. Sloan Management Review. Consulté à l’adresse http://sloanreview.mit.edu/article/why-design-thinking-in-business-needs-a-rethink

Réflexion sur les liens entre design et management

J’ai eu l’occasion il y a quelques semaines d’écrire un article présentant une réflexion sur les liens entre le design et le management dans le journal du centre de recherche en gestion de l’école polytechnique, Le Libellio. Voici l’article, également disponible dans le numéro 4 du volume 13. En espérant qu’il intéressera ceux que le lien entre ces deux domaines intéresse:

Blum, G. (2017). « Éléments de réflexion sur le design et sur le management ». Le Libellio 13(4), pp. 61-68.

PS. Merci à Hervé Dumez pour l’invitation à écrire cet article.

De la liberté du logiciel et de son ouverture : tour d’horizon et perspectives

C’est le titre d’un article qui vient d’être publié dans la revue le Téléscope, revue d’analyse comparée en administration publique, ou je traite du logiciel libre à travers cinq questions: ce qu’il est, ou les trouver, qui les conçoivent, qu’est ce que la gauche d’auteur, pourquoi l’utiliser. J’y décrit les valeurs et les modes d’organisation. Dans la dernière partie, je traite de l’état d’avancement du logiciel libre au Québec et dans l’administration publique québécoise. L’article est disponible sur le site internet de la revue le Téléscope.

Source: Blum G. (2012). « De la liberté du code et de son ouverture : tour d’horizon et perspectives ». Le Téléscope. Revue d’analyse comparée en administration publique, 18(1). Article disponible en ligne.