Pourquoi nous devrions tous soutenir le mouvement étudiant (y compris le gouvernement)

Faire sa juste part, c’est diminuer à long terme les frais de scolarité

Depuis le début du conflit, le gouvernement demande aux étudiants de faire leur « juste part » (anglicisme) en contribuant aux frais des universités qui les forment. Si l’argument peut sembler de raisonnable, il ne tient pas compte d’un élément essentiel lié au triple rôle que jouent les universités dans nos sociétés modernes fondées sur le savoir.

En effet, loin d’être uniquement des lieux de transmission de connaissances à travers l’enseignement, celles-ci sont également des lieux de création de nouveaux savoirs (la recherche) et des acteurs socio-économiques (le service à la collectivité, par exemple quand un professeur effectue une analyse dans un rapport public, participe à un conseil d’administration, au téléjournal, à une commission d’enquête, etc.). Généralement, on considère que la répartition est à peu près équitable entre ces trois missions, même si l’on note depuis plusieurs années une dérive importante vers la recherche au détriment des deux autres missions.

Donc, vouloir augmenter les frais de scolarité, c’est – en quelque sorte – faire financer par des personnes à faible revenu (les étudiants) des charges qui devraient l’être par toute la société.

Par ailleurs, l’un des arguments que l’on entend souvent est le suivant : parce que les personnes ayant réalisé des études seront mieux payées, il est normal qu’elles payent plus. Certes, l’argument à du sens. Mais pourquoi vouloir récupérer l’argent quand ces personnes sont encore pauvres, alors que par l’impôt, il est possible de récupérer cet argent, et même bien plus si on le souhaite, mais sur une longue période de temps, donc de façon plus douce (car plus étalée) et à un moment de la vie où les anciens étudiants ne seront plus dans le besoin, car possédant un haut revenu?

C’est enfin négliger la dimension sociale de l’éducation. Quel serait le Québec de demain si nous nous arrêtions de former – ou formions moins – de médecins, d’ingénieurs, d’agronomes, etc. ? À l’ère de l’économie fondée sur le savoir, c’est toute la société qui serait perdante. Il nous faut au contraire favoriser au maximum l’éducation pour en faire une richesse collective, afin de mieux soigner, de mieux consommer, et de mieux échanger. Sinon, nous avons perdu d’avance la bataille du XXIe siècle autour du savoir. Est-ce cela « faire sa juste part »?

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