Tous les articles par Guillaume Blum

Enseignant chercheur en économie-gestion, spécialiste en design de produits, expert du secteur aéronautique, des technologies de l'information, et des technologies vertes

Modeste réflexion sur l’Université, et sur le rôle des professeurs

Au cours de mes explorations chaotiques des internet, j’ai déniché cet avis de 1982, portant sur le rôle du professeur d’Université (Conseil supérieur de l’éducation, 1982). J’y ai trouvé plusieurs idées et arguments intéressants, en lien avec la réflexion sur ma profession, dont la seule dimension enseignement est souvent mise en avant à l’extérieur, qui plus est sous un aspect de « technique pédagogique ». Les professeurs sont ainsi souvent ramenés à des distributeurs d’informations, formateurs de compétence en lien avec les besoins du marché de l’emploi. En parallèle, le discours dominant au sein de la profession vise à mettre en avant la primauté. de la recherche, sans toujours de considération pour la dimension éducative. 

Or ce texte commence par un rappel bienvenu concernant le rôle du professeur le difficile équilibre à trouver entre les quatre catégories désormais classiques de ce qui a trait à l’enseignement, à la recherche, mais également au service à la collectivité et à la participation à la vie universitaire. Ces deux dernières catégories sont parfois confondues, et les trois dernières souvent oubliées. On trouve dans ce rapport de nombreux autres points pertinents. J’en retiens notamment les cinq suivants.

  1. La recension et réfutation de clichés portant sur le professeur: il est le mieux pourvu.. et bien protégé… ; il est « installé dans sa tour d’ivoire»… ; de sa tribune, il endoctrine les jeunes… ; il fait partie de l’establishment… ; il est bon pour discuter, mais ne s’engage pas… ; le professeur humaniste, une espèce rare en voie de disparition…
  2. On trouve aussi cette typologie des professeurs, belle (et parfois drôle), les classant en 10 idéaux types: le professionnel, le pédagogue, le spécialiste, le chercheur, l’entrepreneur, le missionnaire, l’idéologue, le solitaire, l’administrateur, la célébrité (pp. 20-22). J’avoue me reconnaître dans plusieurs de ces catégories.
  3. J’aimais assez cette critique de l’utilitarisme direct des apprentissages souhaités au sein des Universités, et ce rappel que l’évaluation directe et immédiate n’est pas nécessairement la meilleure, puisque jugée dans une perspective clientéliste des étudiants-« apprenants »: […] « La forte tension qui se développe entre les pôles de la pensée et de l’action se répercute aux divers plans des fonctions professorales. L’enseignement dispensé par le professeur est plus fréquemment controversé. Les étudiants ont appris bien avant leur entrée à l’université, les «vertus» de la contestation: ils reprochent aux professeurs de ne pas respecter les « syllabus », de donner des cours qui s’intègrent mal au programme de formation choisi et de négliger l’apport interdisciplinaire qui permettrait de situer et d’enrichir les connaissances acquises. De plus, le nombre de ceux qui ont connu ou connaissent pendant leurs études le marché du travail ne cesse de croître. A leur avis, l’enseignement est trop spécialisé, trop abstrait, « décroché » de la réalité, sans relation avec l’acquisition d’un savoir-faire professionnel » (p. 24).
  4. Le rapport rappelle également les influences françaises, allemandes, américaines liées à la construction du système universitaire québécois. « Les universités québécoises se sont constituées et développées en empruntant à ces diverses conceptions. Elles ont évolué sous l’effet d’une conjugaison de facteurs sociaux, scientifiques et culturels pour composer aujourd’hui une fresque aux couleurs diffuses et éclatées » (p. 27)
  5. Certains passages sur l’excès de tâches bureaucratique (rappel: on est en 1982 !), rentre en écho avec nos problématiques contemporaines, démultipliées par 40 ans de « néolibéralisme » et d’appauvrissement des institutions universitaires. « les tâches professorales ont besoin d’une certaine «épuration». Les aspects bureaucratiques de la fonction canalisent indûment, aux dires des professeurs eux-mêmes, une bonne part de leurs énergies et de leur temps au détriment d’activités plus utiles et plus productives. Les activités liées à la participation sous toutes ses formes sont envahissantes; il faudrait discerner celles qui sont essentielles de celles qui sont accessoires ou inopportunes » (p.39).

Finalement, je partage ici la conclusion de cet avis (l’emphase en gras est mienne):

« Comme institutions implantées dans la société québécoise, les universités sont investies d’une mission éducative importante qui doit conjuguer les impératifs du développement culturel et scientifique à ceux du développement socio-économique. Chacun de ces plans propose sa logique propre mais il est plus facile de les concilier lorsque abondent les ressources pour les soutenir. Dans le cas contraire, d’inévitables tensions naissent et provoquent de dures remises en question. Le contexte qui vient d’être évoqué place l’université québécoise dans une situation critique : elle subit de fortes pressions pour conformer son action aux exigences socio-économiques actuelles mais elle ne peut renoncer à la poursuite libre d’objectifs éducatifs, culturels et scientifiques, non immédiatement et non nécessairement rentables.

Parler de la productivité de l’université, c’est parler de l’efficacité et de la productivité de son corps professoral: la charge de travail devient alors l’objet premier de la rationalisation. Pourtant, le professorat, au niveau universitaire, n’est pas une sinécure. Fondamentalement axé sur la formation des personnes et le développement des connaissances, le rôle du professeur se situe dans un domaine aux perspectives multidimensionnelles, où il est sollicité de toutes parts. On ne reconnaît pas toujours le caractère particulier de l’effort intellectuel nécessaire pour remplir — successivement et parfois simultanément — plusieurs tâches différentes dans des contextes différents, avec une liberté de pensée et d’action qui ne doit pas se disperser dans l’activisme ou le dilettantisme mais servir une intégrité personnelle et professionnelle authentique.

À une extraordinaire croissance des besoins de développement de tous types, qui se diversifient plus rapidement qu’à toute autre période de l’histoire, répond une tendance irrépressible à accélérer les changements et les réformes. Cependant, les besoins, si urgents soient-ils, excèdent les possibilités et les ressources des universités et des universitaires. On en attend la formation d’un nombre beaucoup plus grand d’étudiants dans l’optique d’une prolifération de spécialités très poussées, et ce, pendant de plus longues périodes et même dans une perspective de perfectionnement permanent. Les services publics et l’entreprise privée réclament un progrès décisif des connaissances dans tous les champs d’activité, une amélioration continuelle des techniques et l’apport de solutions satisfaisantes aux problèmes concrets de l’heure: d’où le nombre et l’extension des projets de recherche disciplinaire et interdisciplinaire qu’il faudrait poursuivre et compléter. S’ajoutent encore les demandes incessantes de nouveaux types d‘ intervention dans l’organisation de la vie, du travail et des loisirs: les universitaires doivent pressentir les lignes de force qui se dessinent, découvrir les foyers d’intérêt et les courants sociaux qui auront des incidences sur un avenir prochain.

De telles exigences sont difficilement conciliables; elles requièrent une mobilité et une adaptabilité constantes qui, peu à peu, risquent de causer une diminution de la qualité des services offerts et même une déviation importante de l’essentiel: le professeur doit contribuer à former un être capable d’assumer un destin individuel et collectif » (p.39-40).

Source: Conseil supérieur de l’éducation (1982). Le rôle du professeur d’université. Avis au ministre. Disponible en ligne: http:/www.cse.gouv.qc.ca/fichiers/documents/publications/Avis/50-0315.pdf

Perspectives plurielles du design : évolution ou transformation de la recherche et des pratiques ?

Appel à communication, Dans le cadre du congrès de l’ACFAS, les 27 et 28 mai 2019, Canada

Problématique

Évoluant tout en maintenant vivante ses approches traditionnelles, le champ du design s’est ouvert à de nouvelles pratiques, de nouvelles approches théoriques et de nouvelles méthodologies à travers le temps et notamment depuis les années 2000. Si comme Buchanan l’expliquait déjà en 1992, le design concerne des interventions à des échelles allant de l’image, à l’objet, à l’espace et au système, il se décline maintenant en autant de pratiques, de modèles théoriques et de méthodologies qu’il convient de situer et d’interroger.

  • Des pratiques plurielles. Ainsi, au-delà des pratiques traditionnelles du design graphique, d’intérieur, de produits, se sont développées le design d’interactions (Bill Buxton, 2007 ; Norman, 2002), le co-design (Sanders & Stappers, 2008; Meroni et al., 2018), le design de service (Kimbell, 2014; Sangiorgi & Prendiville, 2017), le design d’expériences (Shedroff, 2001 ; Hassenzahl, 2010), le design d’interfaces, et le design d’information (Horn, 1999), le design management (Borja de Mozota, 2018), le design thinking (Brown, 2014) dans les milieux corporatifs, politiques et administratifs (Julier & Kimbell, 2016), le design de politiques (27e Région, 2010; Bason, 2014; Kimbell, 2015).
  • Des perspectives conceptuelles et théoriques multiples avec l’apparition entre autres, d’une réflexion sur la responsabilité (Papanek, 1972) sur l’innovation sociale (Manzini, 2015), l’activisme par le design (Fuad-Luke, 2009) sur le féminisme (Sparke, 1995, Buckley, 2009), sur la décolonisation (Escobar, 2018), sur le design de transition (Irwin, 2015) ouvrant elles-mêmes de nouvelles pratiques critiques et avenues de recherche.
  • Des méthodologies diversifiées issues d’un ancrage de plus en plus affirmé avec les sciences humaines et sociales, qui tend à transformer les liens du design avec les arts appliqués et les sciences de l’artificiel (Simon, 2004). Cet ancrage amène des méthodes reposant sur une compréhension fine des perspectives cognitives, sociologiques, anthropologiques de l’expérience humaine.

Le design demeure l’activité transdisciplinaire qu’il était déjà, mais il s’étend sur ses pratiques, ses théories, ses méthodes, ouvrant alors de toutes nouvelles perspectives tant en matière de recherches que de pratiques. En touchant aux enjeux pratiques, théoriques et méthodologiques, c’est finalement également la question de l’assise épistémologique et des spécificités des métiers du design qui se posent. Ces nouvelles frontières du design poussent donc également à réfléchir sur son identité profonde.

Ce colloque vise à réfléchir à ces mutations en cours et à venir. Plusieurs questions pourront y être traitées, de manière non exhaustive, en voici quelques-unes : quelles relations entre les approches traditionnelles et renouvelées du design ? Quels impacts de ces nouvelles pratiques, théories ou approches ? En s’étendant de la sorte, peut-on encore parler de design ? Faut-il repenser les assises épistémologiques du design ? Quelles tendances futures pour le design ?

Pertinence

Le colloque vise une meilleure compréhension de la transformation et de l’évolution des activités de design, tant au niveau de sa pratique que de la recherche, afin de produire de nouvelles connaissances conceptuelles, théoriques qui permettront de dessiner les pourtours d’un portrait plus juste des enjeux contemporains auxquels fait face le design – et auxquels font face les designers. Les échanges entre les différents membres de la communauté du design intéressés par les thèmes proposés offriront certainement des retombées pertinentes d’un point de vue scientifique, mais aussi d’un point de vue social. En effet, le colloque vise à permettre la diffusion de travaux entre chercheurs et praticiens en design. En effet, les échanges se veulent accessibles aux praticiens qui auraient développé une approche réflexive poussée. Il est fondamental de contribuer à nourrir une relation entre le monde professionnel et le milieu universitaire, afin de développer les transferts de connaissances et de pratiques. De plus, Armstrong et al. (2014) soulignent dans un rapport commandé par le Arts & Humanities Research Council en Angleterre que la pratique du design a, depuis quelques années, élargi sa portée et s’engage maintenant dans de nouveaux champs, comme celui de la politique, mais que la recherche en design n’a, dans l’ensemble, pas su suivre cet élan. Pourtant, l’intérêt grandissant des différents intervenants (étudiants, professionnels et chercheurs) pour le design à portée sociale permet de constater que sa pratique a devancé la capacité de sa recherche, du moins dans le contexte anglais décrit par Armstrong et al. Il serait donc pertinent, voire important, d’établir un état de la situation auprès de la communauté francophone du design.

Objectifs

Le colloque vise quatre objectifs : 1) Au niveau scientifique, développer une meilleure compréhension des mutations en cours, en vue de comprendre comment ces mutations impactent les activités de design, y compris les activités traditionnelles du design. Reconnaître en particulier les démarches de recherche action / création, qui contribuent aujourd’hui à l’ancrage épistémologique du design. 2) Au niveau de la relève en recherche, offrir aux chercheurs juniors la possibilité de présenter leurs travaux en lien avec leur recherche de maîtrise ou de doctorat, et d’avoir un retour de la communauté de chercheurs établis. 3) Au niveau communauté des chercheurs en design, réunir dans le cadre d’un colloque annuel lors de l’ACFAS les chercheurs en design de la communauté francophone, et plus particulièrement ceux présents au Québec pour enrichir la dynamique de recherche et 4) renforcer les liens les professionnels du design.

Format

Le format prévu est une organisation sur une journée et demie (27 et 28 mai 2019).

  • La première demi-journée organisée l’après-midi fera intervenir des chercheurs juniors (étudiants de 2e et 3e cycle) présentant leurs travaux, en vue de les aider dans le développement de leurs problématiques, méthodes de recherches, etc. La présence de chercheurs seniors vise à aider les étudiants dans l’élaboration de leurs recherches. Il est prévu de faire intervenir 8 à 10 étudiants à raison de 30 minutes par intervenant.
  • La journée du 28 mai sera l’occasion d’intervention de travaux de recherche en lien avec la thématique du colloque.

Processus et critères de sélection des conférenciers

  1. Un résumé d’une page maximum est à envoyer à design.acfas2019@gmail.com. Préciser si vous postulez dans la catégorie
    1. chercheur junior – recherche en cours ou
    1. dans la section principale.

Date limite pour candidater : 25 février.

  • Les communications seront évaluées par le comité scientifique sur la base de trois critères : pertinence du sujet ; qualité de la méthodologie ; originalité (ou rigueur) de l’apport conceptuel/théorique et/ou empirique.
  • La réponse aux conférenciers sera délivrée début mars.


Références

  • 27e Région, (2010), Le design des politiques publiques, Paris : La documentation française.
  • Armstrong, L., Bailey, J., Julier, G. & L, Kimbell. (2014). Social Design Futures. University of Brighton : England.
  • Bason, C. (Ed.). (2014). Design for Policy. London: Routledge.
  • Borja de Mozota, B. (2018). Quarante ans de recherche en design management : une revue de littérature et des pistes pour l’avenir. Sciences Du Design, (7), 28–45.
  • Brown, T. (2014). L’Esprit design: Comment le design thinking change l’entreprise et la stratégie. Montreuil. Pearson Education.
  • Buchanan, R. (1992). Wicked Problems in Design Thinking. Design Issues, 8(2), 5–21.
  • Buckley, C. (2009). Made in Patriarchy: Theories of women and design- a reworking. In H. Clark & D. E. Brody (Eds.), Design studies: a reader. Oxford ; New York: Berg.
  • Buxton, W. (2007). Sketching user experiences: getting the design right and the right design. Amsterdam: Elsevier/Morgan Kaufmann.
  • Escobar, A. (2018). Designs for the pluriverse: radical interdependence, autonomy, and the making of worlds. Duke University Press.
  • Fuad-Luke, A. (2009). Design activism. Beautiful strangeness for a sustainable world. New York, NY : Taylor & Francis.
  • Hassenzahl, M. (2010). Experience Design: Technology for All the Right Reasons. Synthesis Lectures on Human-Centered Informatics, 3(1), 1-95.
  • Horn, R. E. (Ed.). (1999). Information design. The MIT Press.
  • Jullier,G. & L. Kimbell. (2016). Co-Producing Social Futures Through Design Research, University of Brighton.
  • Kimbell, L. (2015). Applying design approaches to policy making: discovering policy lab. Brighton: University of Brighton. Retrieved from http://ualresearchonline.arts.ac.uk/9111/
  • Manzini, E. (2015). Design, when everybody designs: an introduction to design for social innovation. Cambridge, Massachusetts: The MIT Press.
  • Meroni, A., Selloni, D. & M. Rossi. (2018). Massive Codesign : A Proposal for a Collaborative Design Framework. FrancoAngeli : Milano, Italy.
  • Norman D. A. (2002), The design of everyday things. New York : Basic books.
  • Papanek, V. J. (1972). Design for the real world: human ecology and social change. New York: Pantheon Books.
  • Sanders, E. et P.J. Stappers, (2008), « Co-creation and the new landscape of design », Co-design, 4(1): 5-18.
  • Simon, H. (2004). Les Sciences de l’artificiel. Gallimard.
  • Shedroff, N. (2001). Experience Design 1. New Riders : Indianapolis, Ind.
  • Sparke, P. (1995). As long as it’s pink. London: Pandora.

Comité scientifique

Walid Belazreg, Université Côte d’Azur, CNRS GREDEG Sophia Antipolis ; Estelle Berger, Strate école de design ; Guillaume Blum, École de design de l’Université Laval ; Colin Côté, École de design de l’Université Laval ; Valérie Côté, École de design de Université Laval ; Michel de Blois, École de design de l’Université Laval ; Claudia Déméné, École de design de l’Université Laval ; Alain Findeli, Université de Nîmes ; Caroline Gagnon, École de design de l’Université Laval ; Philippe Gauthier, École de design de l’Université de Montréal ; Tatiana Leblanc, École de design de l’Université de Montréal ; Jocelyne Le Bœuf, L’École de design Nantes Atlantique ; Pascal Lièvre, Université de Clermont Auvergne ; Frédéric Lépinay, École de design de l’Université Laval ; Marie D. Martel, EBSI, Université de Montréal ; Frédérique Pain, Strate école de design ; Sébastien Proulx, Ohio State University ; Stéphane Vial, École de design de l’UQAM.

Comité organisateur

Guillaume Blum, Valérie Côté, Sonia Cadoret, Justin Gélinas, Juliette Griesemann, Raphaël Guyard, Marie-Pier Savard.

Contact : design.acfas2019@gmail.com

Innover pour créer du sens? La voie de l’innovation par le design

Turbulences est un journal conçu comme un espace de veille à destination des décideurs, des planneurs stratégiques et des responsables de l’innovation, afin de leur apporter la vision essentielle des enjeux stratégiques à venir. La publication propose un panorama des dernières études de tendances, un tour du monde des innovations insolites ou remarquables, et une sélection des ouvrages les plus marquants parus dernièrement.

À l’occasion du dernier numéro sorti cette semaine de décembre 2018, j’ai publié un article portant sur l’innovation par le design comme activité créatrice de sens, contrairement à l’usage « traditionnel » du terme innovation utilisé comme rhétorique creuse.

Montée de la littérature scientifique des articles ayant comme sujet l’innovation.
Source des données: Web of science.

« Il est frappant de voir l’évolution de l’usage du terme. Ainsi, si on observe l’évolution relative des articles ayant pour sujet l’innovation dans la littérature scientifique de 1900 à 2016 (voir la Figure 1), on observe une explosion de son usage. Que l’on peut découper en quatre grandes phases, interprétables comme suit: 1) dans une première phase des années 1900 aux années 1950 le terme est très peu utilisé. On ne s’intéresse que peu en science aux applications ou au phénomène de l’innovation. 2) Des années 50 aux années 80, on observe une montée reliée aux premiers travaux identifiant l’innovation comme un phénomène important dans l’activité économique, notamment suite aux travaux de Schumpeter et des économistes évolutionnistes s’inscrivant dans sa lignée et approfondissant ses concepts. On commence à étudier l’innovation comme objet et à s’y référer comme résultat. 3) Des années 80 aux années 2000, on observe une accélération de la croissance, reliée à l’orientation néolibérale de la société qui commence à mettre en compétition les chercheurs, à demander des retombées en matière d’innovation. Le terme commence à se « fétichiser » et commence à être utilisé (artificiellement) pour justifier des financements complémentaires. 4) La quatrième phase dans laquelle nous nous trouvons est reliée à une intériorisation par les chercheurs des normes issues de la phase précédente, associée à une managérialisation des organismes publics et notamment de la recherche poussant au développement d’innovation pour toute recherche. Le terme est utilisé de manière creuse, sans sens associé, presque un usage phatique, c’est-à-dire assurant un contact linguistique sans communiquer de message associé ». (p. 8)

L’article est disponible en ligne au sein du numéro 4 de Turbulences.

Blum, G. (2018). Innover pour créer du sens? La voie de l’innovation par le design. Turbulences, (4), 7‑14.

Dossier sur le design management dans Sciences du design 07

C’est avec beaucoup de plaisir que ma collègue Véronique Cova et moi-même accueillons la publication du numéro thématique sur le design management de la revue Sciences du design que nous avons dirigés .

En plus de notre article d’ouverture accessible en libre accès, trois articles sont présentés dans ce dossier. L’article de Brigitte Borja de Mozota a également été tiré au sort pour être directement accessible. Voici donc le sommaire :

Deux autres articles de Yann Aucompte et de Philippe Gauthier, Sébastien Proulx et Yaprak Hamaratdans la catégorie Varia, deux visualisations de Lisa Borgenheimer et de Fabrice Sabatier et Axel Correia, et l’éditorial de Stéphane Vial, David Bihanic et Jocelyne Le Bœuf sont également présents dans ce numéro disponible en ligne sur CAIRN. Il est également possible de commander une version papier ici.

Bonne lecture et bon été !

Le designer : acteur de l’économie et de l’innovation responsable.

Je reproduis ici le court texte paru dans le livret des finissants 2018 en design de produits. L’occasion d’aller voir les magnifiques projets de nos – ex – étudiants. L’une des caractéristiques du programme en design de produits de l’Université Laval est sa dimension entrepreneuriale (au sens large), nos étudiants étant amenés à développer un modèle économique pour leur produit.

Blum, G. (2018). Le designer : acteur de l’économie et de l’innovation responsable. In cohorte 2018 (Éd.), Première Expo (p. 87). Québec, Canada: École de design, Université Laval. Consulté à l’adresse https://www.design.ulaval.ca/files/design/LivretBDP2018.pdf

Le design est plus qu’une discipline. C’est une attitude, une approche non pas linéaire et progressive, mais tourbillonnante, pleine de vie, de passion, de compréhension, de curiosité, d’interrogation du réel, menant à un résultat, une innovation. Pour devenir réalité, l’innovation a besoin d’une structure, d’une organisation, d’un modèle économique et organisationnel. Cela peut se retrouver dans une entreprise déjà existante, mais ces dernières sont moins aptes à innover parce que déjà structurées, possédant leurs propres routines organisationnelles (Nelson et Winter, 1982), leurs sentiers de dépendance préexistants (David, 1994) menant à un enfermement créatif et économique. C’est pour cela que l’on retrouve souvent l’innovation associée à de jeunes entreprises, qui n’ont rien à perdre dans une perspective évolutionniste de l’économie. Ainsi, Schumpeter (1911) a fait de l’entrepreneur l’acteur central du capitalisme.

Or l’entrepreneuriat est le plus souvent associé aux écoles de gestion. Pourtant dans l’action d’entreprendre, il y a l’acte de créer, d’innover. Il y a cette folie nécessaire, mais maîtrisée, si lointaine de l’activité gestionnaire telle qu’elle est couramment enseignée dans les facultés d’administration, si proche de la démarche du design. Certes, un certain nombre d’apprentissages sont à faire sur la maîtrise d’outils de gestion. Mais ils ne sont pas centraux. Vaut-il mieux former un designer aux outils de la gestion ou un gestionnaire aux outils du design? La question n’est pas tranchée, mais les diplômés du baccalauréat en design de produits reçoivent aussi une solide formation en gestion. Et peut-être l’erreur, dans nos sociétés individualistes, est de vouloir faire reposer l’entrepreneuriat sur un seul individu plutôt sur une démarche partenariale.

Les diplômés du baccalauréat en design de produits sont formés à l’innovation et l’entrepreneuriat par le design, dans une perspective humaniste, sociétale, responsable, collective. Parce que peut-être jamais autant qu’aujourd’hui – de par les transitions climatique, numérique, sociétale, technologique – nous n’avons eu besoin de vrais innovateurs, de vrais entrepreneurs. Bref, de vrais designers.

Souhaitons le meilleur à nos diplômés, pour le futur du Québec, du Canada, de toute l’humanité.

Bibliographie

David, P. A. (1994). Why are institutions the ‘carriers of history’?: Path dependence and the evolution of conventions, organizations and institutions. Structural Change and Economic Dynamics, 5(2), 205‑220.

Nelson, R. R., & Winter, S. G. (1982). An evolutionary theory of economic change. Belknap Press of Harvard University Press Cambridge, Mass.

Schumpeter, J. (1911). Théorie de l’évolution économique. Recherche sur le profit, le crédit, l’intérêt et le cycle de la conjoncture. Consulté à l’adresse http://classiques.uqac.ca/classiques/Schumpeter_joseph/theorie_evolution/theorie_evolution_2.pdf

Le design thinking est-il partout, sauf en design ?

[English will follow]

Vous êtes convié mardi 3 avril de 15h15 à 17h15 à une table ronde sur le thème Le design thinking est-il partout, sauf en design ? dans le cadre des journées de l’innovation de l’Abbé Grégoire, organisée au conservatoire des arts et métiers à Paris. Vous pouvez vous inscrire en envoyant un courriel à l’adresse suivante:

designthinkingeverywhere@gmail.com

Avant toute chose, nous souhaitons faire discuter et se rencontrer chercheurs et praticiens en gestion et en design.

Participeront:

  • Brigitte Borja de Mozota
    Maître de Conférences Honoraire à l’Université de Paris Ouest France
    Institut ACTE (UMR 8218, CNRS/Université Paris 1)
  • Estelle Berger
    Docteure en Arts Appliqués, enseignante chercheure, Strate Ecole de Design, Sèvres, France
  • Giulia Marcocchia
    PhD candidate, i-3 SES Telecom ParisTech
  • Bérangère Lauren Szostak
    Professeur des Universités en Sciences de Gestion
    Université de Lorraine, Laboratoire BETA,
  • Martin Kupp
    Associate Professor, ESCP Europe
    Director of research, Chair of Entrepreneurship

Organisateurs:

  • Frédérique Pain
    Directrice de la Recherche, Strate Ecole de Design
  • Guillaume Blum
    Professeur à l’école de design de l’Université Laval
    Groupe design, innovation et humanismes

Arguments

Depuis quelques années, l’intérêt pour le design thinking ou la pensée design s’est grandement accru. Entre janvier 2004 et novembre 2017 les recherches associées ont cru de plus de 16 fois (source: Google Trends). Dans la littérature scientifique, les premières références remontent à 1976. En 2000, on dénombrait 4 références là où l’on en retrouvait 279 en 2016 (source: Web of science). Et la tendance ne semble pas s’amoindrir.

Évolution du nombre d’articles scientifique sur le thème de la pensée design.
Source: Web of science.

La pensée design est l’objet de nombreux débats contradictoires. Le courant le plus souvent représenté la décrit comme une méthode de résolution de problèmes grâce à un processus théorisé à partir de la pratique des designers. Décrite notamment par Brown (2008) et par l’entreprise IDEO, elle vise à permettre à des non-designers d’appliquer la pensée design à leurs problèmes, quels qu’ils soient, pour aboutir à des solutions innovantes. D’autres comme Boland et Collopy (2004) y voient une théorie du management. Kimpbell (2011) identifie trois perspectives de la recherche sur la pensée design : un style cognitif, une théorie du design, une ressource pour les organisations. Plusieurs voient un problème dans l’application « bête et méchante » d’une procédure, sans en comprendre le quoi et le pourquoi, sans qu’elle ne soit adaptée à la culture de l’organisation. Ainsi, Kupp et al. (2017) à repenser la pensée design.

Paradoxalement, le champ d’intervention de la pensée design s’est développé indépendamment de la recherche et des pratiques en design. En effet, 1) la pensée design s’est beaucoup diffusée dans le monde de l’entreprise comme une forme d’innovation managériale visant à proposer une méthodologie permettant créativité et innovation. Ce faisant, elle s’est éloignée de la pratique du design en tant que telle, ce qui n’est pas sans créer de nombreuses tensions. Or, 2) on observe l’existence de la pensée design principalement dans les écoles et formations en gestion et bien peu dans celles de design.

Il existerait donc une tension entre la pensée design 1) comme fondement réflexif de la pratique du design (comment le design se pense) et 2) comme méthode de gestion applicable en vue d’améliorer le taux de produits et services innovants. Or, tout se passe comme si ces deux univers évoluaient indépendamment l’un de l’autre, sans tisser de liens.

Or, peut-on pratiquer la pensée design sans designer? S’agit-il de la même pratique, qu’un designer soit présent ou non dans le processus? Si oui, on peut alors se questionner sur l’apport des études en design? Imaginerait-on la construction d’un pont après une formation courte en “engineering thinking” ? La prescription de médicaments après un workshop “prescription thinking” ? Si non qu’appelle-t-on le design dans la pensée design ?

On peut donc légitimement se questionner quant à savoir qui porte la responsabilité de ce non-dialogue? Est-ce le praticien de la pensée design, obnubilé par sa pratique, perdant de vue la discipline d’origine? Ou le designer refusant toute hybridation et dialogue? La responsabilité est-elle partagée? Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là?


We are organizing a round table Tuesday, April 3 from 15:15 to 17:15 on the theme

Design thinking is everywhere. Except in design?

as part of the  Abbé Grégoire Innovation Days, organized at the Conservatoire des arts et métiers (CNAM), Paris. If you are interested to participate, you can register by sending an email to the following address:

designthinkingeverywhere@gmail.com

Participants:

  • Brigitte Borja de Mozota
    Honorary associate professor at the University of Paris Ouest France
    ACTE Institute (UMR 8218, CNRS / University Paris 1)
  • Estelle Berger
    PhD in Applied Arts,
    Lecturer and researcher, Strate School of Design, Sèvres, France
  • Giulia Marcocchia
    PhD candidate, i-3 SES Telecom ParisTech
  • Bérangère Lauren Szostak
    Full Professor in Management
    University of Lorraine, BETA Laboratory
  • Martin Kupp
    Associate Professor, ESCP Europe
    Director of Research, Chair of Entrepreneurship

Organizers:

  • Frédérique Pain
    Director of Research, Strate School of Design
  • Guillaume Blum
    Professor at the design school of the Laval University
    Group design, innovation and humanisms

We want to discuss and meet researchers and practitioners in design and management fields.

Bibliography

  • Boland, R., & Collopy, F. (2004). Managing as Designing – Common. Stanford University Press.
  • Brown, T. (2014). L’Esprit design: Comment le design thinking change l’entreprise et la stratégie. Montreuil (Seine-Saint-Denis): Pearson Education.
  • Kimbell, L. (2011). Rethinking Design Thinking: Part I. Design and Culture, 3(3), 285‑306. https://doi.org/10.2752/175470811X13071166525216
  • Kupp, M., Anderson, J., & Reckhenrich, J. (2017). Why Design Thinking in Business Needs a Rethink. Sloan Management Review. Consulté à l’adresse http://sloanreview.mit.edu/article/why-design-thinking-in-business-needs-a-rethink

Réflexion sur les liens entre design et management

J’ai eu l’occasion il y a quelques semaines d’écrire un article présentant une réflexion sur les liens entre le design et le management dans le journal du centre de recherche en gestion de l’école polytechnique, Le Libellio. Voici l’article, également disponible dans le numéro 4 du volume 13. En espérant qu’il intéressera ceux que le lien entre ces deux domaines intéresse:

Blum, G. (2017). « Éléments de réflexion sur le design et sur le management ». Le Libellio 13(4), pp. 61-68.

PS. Merci à Hervé Dumez pour l’invitation à écrire cet article.

Publication du rapport – L’impression 3D : de l’émerveillement technique aux enjeux organisationnels, économiques et sociétaux

Après plusieurs mois de travail, Nadim Tadjine, Michel de Blois et moi-même sommes heureux de publier ce rapport sur l’impression 3D:

Blum, G., de Blois, M., & Tadjine, N. (2017). L’impression 3D: de l’émerveillement technique aux enjeux organisationnels, économiques et sociétaux. Québec, Canada: École de design, Université Laval. Disponible sur http://design.ulaval.ca/impression3d
Le rapport s’intéresse avant tout aux conséquences humaines et sociales reliées à l’impression 3D.  Après un premier chapitre consacré à l’évolution historique, puis un deuxième aux éléments techniques (types de machines, techniques d’impression, matériaux, etc.), les trois chapitres suivants se centrent sur les enjeux organisationnels, économiques et sociétaux.
Ce rapport devrait intéresser les professionnels qui souhaiteraient sortir des enjeux purement techniques, mais également les curieux, les étudiants et les chercheurs, tant en sciences humaines et sociales que dans des domaines scientifiques et techniques.

(Co)design: révolution ou dérive démocratique ?

Le 24 mars dernier, avec ma collègue Caroline Gagnon, nous avons organisé un débat portant sur le thème du co-design dans le cadre de la nuit des débats. J’en profite pour remercier les organisateurs de La nuit des débats, événement ayant regroupé 32 débats à Montréal, sans compter le fait qu’en parallèle, se tenait à Paris et Dakar d’autres débats tout aussi stimulants. C’en est presque rageant, si j’en avais eu l’occasion, je serai allé à nombre d’autres rencontres qui se sont tenues au même moment!

Pour finir avec les remerciements, je souhaite vraiment remercier chaleureusement les personnes présentes parmi le public ainsi que les participants que nous avions invités, et dont la présence s’est révélée pour chacun extrêmement stimulante. Nous avons eu la chance d’échanger avec :

  • Alexandre Berkesse | Directeur, École du partenariat en santé, Faculté de médecine de l’Université de Montréal
  • Jonathan Lapalme | Fondateur Les interstices – Atelier de design stratégique
  • Caroline Magar | chargée de projet, Les interstices – Atelier de design stratégique
  • Hugo Steben | Directeur de la Maison de l’innovation sociale
  • Nadim Tadjine | étudiant au doctorat en design, innovation sociale et publique, Université Laval.

À tous les cinq, mille mercis ! Pour info, en guise d’appel à participation, voici ce que nous en avions précédemment dit:

Depuis plusieurs années, nos institutions utilisent le co-design comme pratique intégrative afin d’améliorer la participation citoyenne, diminuer l’écart croissant entre institutions et individus.
Pourtant, quelles significations réelles derrière ces pratiques de co-design ? Y a-t-il une véritable participation citoyenne ?

Souvent portées par de petits groupes, par des personnes ne représentant pas nécessairement le public en général, elles tendraient à légitimer la décision politique en utilisant le terme d’acceptabilité sociale. En outre, les participants, nécessairement impliqués dans l’action politique, ne pourraient plus se permettre de contester librement, imbriqués dans le processus de transformation de l’action publique dans un projet.

Est-ce à dire que toute activité de co-design serait vouée à annihiler sa critique ? À s’autolégitimer ? Peut-on limiter le design et sa capacité transformatrice à des activités de co-design ? Comment alors penser le design de politique publique ?

Pendant les trois heures du débat, nous avons eu l’occasion de discuter des intérêts, enjeux, de l’historique, des pratiques de co-design. Le tout dans une perspective pluraliste. Les échanges ont été particulièrement riches. De manière non exhaustive, nous avons traité: de l’évolution du design au co-design ; des différentes interprétations de ce qu’est le co-design ; de son contexte social, managérial, économique, idéologique ; des dérives potentielles ; de la recherche (futile?) de consensus ; de la perspective solutionniste ; du rôle de facilitateur et des compétences associées ; de la nécessité d’intégrer un designer dans la démarche ; de la reprise par les gestionnaires trop souvent en évidant de son sens la-dites démarche ; des différentes temporalités s’entrechoquant ; des enjeux de pouvoir reliés au co-design ; de l’indisciplinarité (bâtardise disciplinaire) nécessaire ; des logiques top-down et bottom-up ; de la démarche méthodologique ; de la difficulté de sélection des participants ; des « manipulations » éventuellement nécessaires.

À la lecture de ce paragraphe, le lecteur sera peut-être déçu de n’avoir pas pu être présent (et il aurait raison). L’échange a été si fructueux que Caroline Gagnon et moi souhaitons reprendre et structurer un peu les éléments abordés, dans le cadre d’un compte-rendu ou d’un article. Le médium reste à définir. Plus d’infos à venir dans les prochaines semaines !

Quelques références

Pour nous préparer, voici quelques références qui nous ont aidés pour nous préparer en vue de la rencontre, pour ceux souhaitant approfondir la question:

Appel à communication – Impression 3D et technologies émergentes: transformations sociétales et impacts sur les pratiques professionnelles

Colloque organisé dans le cadre du 84e congrès de l’ACFAS, le lundi 9 mai 2016 à Montréal (Québec)

[L’appel à communication en version PDF]

École de design, Université LavalDepuis plusieurs années, les médias, les réseaux sociaux et les vidéos en ligne traitent abondamment de ces « technologies révolutionnaires » incarnées par l’impression 3D.  Mais entre le rêve de l’impression 3D transformant la réalité et la réalité elle-même, on observe un écart important. L’utopie de l’impression 3D où chacun pourrait imprimer chez soi ses objets du quotidien se retrouve trop souvent mise en avant dans le discours sur l’impression 3D. Plutôt que d’utopie, ne conviendrait-il pas de parler plutôt d’illusion, au même titre que l’on fantasmait sur les voitures volantes dans les années 50. Malgré un fort engouement, il semble peu probable de retrouver une imprimante 3D chez tout un chacun dans un futur proche ou même plus lointain.

Ainsi, est-ce à dire que l’impression 3D ne relève que d’une technologie banale? Probablement pas, car s’il faut abandonner le fantasme, elle transforme et réinvente  de manière importante – ou a le potentiel de le faire – notre environnement économique, scientifique, social et sociétal (Rosenberg et coll., 2015).

Le présent colloque vise à s’interroger sur les transformations sociétales reliées aux nouveaux usages permis par les technologies d’impression 3D et les technologies émergentes conjointes, ainsi que les transformations des pratiques professionnelles.

Par exemple, les technologies additives  permettent de transformer les procédés et les modes de fabrication, voire les types de produits qu’il aurait été impossible de façonner selon des modes de production traditionnels. Ces technologies transforment les structures de coûts et ouvrent la voie à la personnalisation de masse. Mais surtout, elles ont le potentiel de bouleverser les pratiques d’affaires et les chaînes d’approvisionnement, tant en amont qu’en aval de la production même. Elles permettent des phases de prototypage rapide plus fréquent. Elles promeuvent de nouveaux usages sociaux sur un mode plus collaboratif. Elles interrogent les pratiques d’enseignement. Elles transforment les pratiques professionnelles dans le monde de l’architecture, du design, de l’ingénierie.

L’impact de ces  technologies  est encore mal compris, car ce domaine d’étude est principalement confiné aux travaux de recherche centrés sur la technologie et l’ingénierie de production. Ces travaux sont indispensables pour l’avancement des savoirs sur les imprimantes 3D elles-mêmes, mais leur usage demeure peu étudié. On entend souvent parler de celles-ci dans des Fab Labs,des ateliers participatifs, au sein de l’industrie, mais quel en est l’usage professionnel réel ? Transforment-elles les pratiques ? Si oui, lesquelles ? Les pratiques techniques ? Les pratiques organisationnelles ? Les relations clients ? La dynamique de l’industrie ?

Dû à son impact potentiel important, l’étude d’un phénomène technique – l’impression 3D – par les sciences sociales (science du design, communication, sciences de l’organisation, anthropologie, sociologie, etc.) s’impose. Par ailleurs, nous souhaitons établir des liens forts entre ces perspectives de recherches, soit mettre en place des passerelles afin d’intégrer ces différents savoirs. Il s’agit ici d’initier un dialogue transdisciplinaire sur la question de l’impression 3D et ainsi et éviter l’écueil de la stratification de recherches éparses.
Les quatre axes pressentis du colloque sont:
1.    les technologies additives, leur évolution historique, les différentes technologies et de leurs capacités et leurs limites présentes et futures.
2.    les transformations sociales et sociétales reliées à l’utilisation de ces technologies. Quelles modifications dans les pratiques de conceptions? Quels usages dans les Fablabs? Quels nouveaux modes d’organisation? Quels changements organisationnels? Sociaux? Quelles nouvelles approches éthiques? Quelles utopies à déconstruire?
3.    les transformations des pratiques professionnelles dans différents secteurs professionnels (aéronautique, bâtiment, agroalimentaire, etc.), et dans différents métiers (ingénierie, design, architecture, etc.). Quels changements pour l’entrepreneuriat?
4.    les problématiques d’enseignement autour des questions de l’impression 3D. Doit-on apprendre des pratiques techniques ou transformer plus profondément l’enseignement en tenant compte, par exemple, des pratiques collaboratives autour de l’impression 3D? Quels retours d’expérience?

Le colloque sera l’occasion de souligner le dynamisme de l’impression 3D au Québec et au Canada, et de fédérer un réseau de chercheurs interdisciplinaires sur les questions touchant l’impression 3D. Il permettra d’échanger entre chercheurs, mais également avec les praticiens et professionnels. L’établissement de relations entre le monde professionnel et le milieu universitaire nous semble ici fondamental.

L’objectif est double: (1) avancer sur ces questions fondamentales des pratiques professionnelles et des usages de ces technologies dans l’enseignement, dans différentes industries et par différents corps de métier; (2) réunir un ensemble de chercheurs et de professionnels intéressés par ces questions pour fédérer une communauté de recherche sur la question de l’usage de l’impression 3D et des technologies émergentes au Québec et au Canada.

Comité scientifique: Artur Alves, Concordia University, Samuel Bernier-Lavigne, Université Laval, Guillaume Blum, Université Laval, Michel de Blois, Université Laval, Claudia Déméné, Université Laval, Caroline Gagnon, Université Laval, Valérie Lehmann, Université du Québec à Montréal, Johan Söderberg, Stockholms universitet
Comité organisateur: Guillaume Blum, Université Laval et Michel de Blois, Université Laval, Sergio Junio Da Silva, Université Laval

Calendrier
Dès que possible – faites part de votre intérêt à participer
12 février 2016 – Proposition à envoyer sous la forme d’un résumé
20 février 2016 – Réponse aux auteurs
9 mai 2016 – Tenue du colloque

Format des résumés à soumettre
– Identification: Nom de ou des auteur-e-s, accompagné du statut et de l’affiliation (établissement ou organisme d’attache) et coordonnées courriel
– Titre de la communication
– Résumé de la communication: maximum de 2500 caractères, en français
- Biographie: maximum de 500 caractères, en français
– Indiquez si vous envisagez à la suite du colloque de présenter un texte en vue d’une publication.

Les intérêts à participer, envois de proposition et échanges divers sont à envoyer à colloque.impression3d@gmail.com
Site web du colloque: http://www.bit.ly/acfas-impression3d

Nous envisageons de donner suite aux meilleures présentations du colloque à travers la publication d’un ouvrage ou numéro spécial sur le sujet.