Publication du rapport – L’impression 3D : de l’émerveillement technique aux enjeux organisationnels, économiques et sociétaux

Après plusieurs mois de travail, Nadim Tadjine, Michel de Blois et moi-même sommes heureux de publier ce rapport sur l’impression 3D:

Blum, G., de Blois, M., & Tadjine, N. (2017). L’impression 3D: de l’émerveillement technique aux enjeux organisationnels, économiques et sociétaux. Québec, Canada: École de design, Université Laval. Disponible sur http://design.ulaval.ca/impression3d
Le rapport s’intéresse avant tout aux conséquences humaines et sociales reliées à l’impression 3D.  Après un premier chapitre consacré à l’évolution historique, puis un deuxième aux éléments techniques (types de machines, techniques d’impression, matériaux, etc.), les trois chapitres suivants se centrent sur les enjeux organisationnels, économiques et sociétaux.
Ce rapport devrait intéresser les professionnels qui souhaiteraient sortir des enjeux purement techniques, mais également les curieux, les étudiants et les chercheurs, tant en sciences humaines et sociales que dans des domaines scientifiques et techniques.

(Co)design: révolution ou dérive démocratique ?

Le 24 mars dernier, avec ma collègue Caroline Gagnon, nous avons organisé un débat portant sur le thème du co-design dans le cadre de la nuit des débats. J’en profite pour remercier les organisateurs de La nuit des débats, événement ayant regroupé 32 débats à Montréal, sans compter le fait qu’en parallèle, se tenait à Paris et Dakar d’autres débats tout aussi stimulants. C’en est presque rageant, si j’en avais eu l’occasion, je serai allé à nombre d’autres rencontres qui se sont tenues au même moment!

Pour finir avec les remerciements, je souhaite vraiment remercier chaleureusement les personnes présentes parmi le public ainsi que les participants que nous avions invités, et dont la présence s’est révélée pour chacun extrêmement stimulante. Nous avons eu la chance d’échanger avec :

  • Alexandre Berkesse | Directeur, École du partenariat en santé, Faculté de médecine de l’Université de Montréal
  • Jonathan Lapalme | Fondateur Les interstices – Atelier de design stratégique
  • Caroline Magar | chargée de projet, Les interstices – Atelier de design stratégique
  • Hugo Steben | Directeur de la Maison de l’innovation sociale
  • Nadim Tadjine | étudiant au doctorat en design, innovation sociale et publique, Université Laval.

À tous les cinq, mille mercis ! Pour info, en guise d’appel à participation, voici ce que nous en avions précédemment dit:

Depuis plusieurs années, nos institutions utilisent le co-design comme pratique intégrative afin d’améliorer la participation citoyenne, diminuer l’écart croissant entre institutions et individus.
Pourtant, quelles significations réelles derrière ces pratiques de co-design ? Y a-t-il une véritable participation citoyenne ?

Souvent portées par de petits groupes, par des personnes ne représentant pas nécessairement le public en général, elles tendraient à légitimer la décision politique en utilisant le terme d’acceptabilité sociale. En outre, les participants, nécessairement impliqués dans l’action politique, ne pourraient plus se permettre de contester librement, imbriqués dans le processus de transformation de l’action publique dans un projet.

Est-ce à dire que toute activité de co-design serait vouée à annihiler sa critique ? À s’autolégitimer ? Peut-on limiter le design et sa capacité transformatrice à des activités de co-design ? Comment alors penser le design de politique publique ?

Pendant les trois heures du débat, nous avons eu l’occasion de discuter des intérêts, enjeux, de l’historique, des pratiques de co-design. Le tout dans une perspective pluraliste. Les échanges ont été particulièrement riches. De manière non exhaustive, nous avons traité: de l’évolution du design au co-design ; des différentes interprétations de ce qu’est le co-design ; de son contexte social, managérial, économique, idéologique ; des dérives potentielles ; de la recherche (futile?) de consensus ; de la perspective solutionniste ; du rôle de facilitateur et des compétences associées ; de la nécessité d’intégrer un designer dans la démarche ; de la reprise par les gestionnaires trop souvent en évidant de son sens la-dites démarche ; des différentes temporalités s’entrechoquant ; des enjeux de pouvoir reliés au co-design ; de l’indisciplinarité (bâtardise disciplinaire) nécessaire ; des logiques top-down et bottom-up ; de la démarche méthodologique ; de la difficulté de sélection des participants ; des « manipulations » éventuellement nécessaires.

À la lecture de ce paragraphe, le lecteur sera peut-être déçu de n’avoir pas pu être présent (et il aurait raison). L’échange a été si fructueux que Caroline Gagnon et moi souhaitons reprendre et structurer un peu les éléments abordés, dans le cadre d’un compte-rendu ou d’un article. Le médium reste à définir. Plus d’infos à venir dans les prochaines semaines !

Quelques références

Pour nous préparer, voici quelques références qui nous ont aidés pour nous préparer en vue de la rencontre, pour ceux souhaitant approfondir la question:

Appel à communication – Impression 3D et technologies émergentes: transformations sociétales et impacts sur les pratiques professionnelles

Colloque organisé dans le cadre du 84e congrès de l’ACFAS, le lundi 9 mai 2016 à Montréal (Québec)

[L’appel à communication en version PDF]

École de design, Université LavalDepuis plusieurs années, les médias, les réseaux sociaux et les vidéos en ligne traitent abondamment de ces « technologies révolutionnaires » incarnées par l’impression 3D.  Mais entre le rêve de l’impression 3D transformant la réalité et la réalité elle-même, on observe un écart important. L’utopie de l’impression 3D où chacun pourrait imprimer chez soi ses objets du quotidien se retrouve trop souvent mise en avant dans le discours sur l’impression 3D. Plutôt que d’utopie, ne conviendrait-il pas de parler plutôt d’illusion, au même titre que l’on fantasmait sur les voitures volantes dans les années 50. Malgré un fort engouement, il semble peu probable de retrouver une imprimante 3D chez tout un chacun dans un futur proche ou même plus lointain.

Ainsi, est-ce à dire que l’impression 3D ne relève que d’une technologie banale? Probablement pas, car s’il faut abandonner le fantasme, elle transforme et réinvente  de manière importante – ou a le potentiel de le faire – notre environnement économique, scientifique, social et sociétal (Rosenberg et coll., 2015).

Le présent colloque vise à s’interroger sur les transformations sociétales reliées aux nouveaux usages permis par les technologies d’impression 3D et les technologies émergentes conjointes, ainsi que les transformations des pratiques professionnelles.

Par exemple, les technologies additives  permettent de transformer les procédés et les modes de fabrication, voire les types de produits qu’il aurait été impossible de façonner selon des modes de production traditionnels. Ces technologies transforment les structures de coûts et ouvrent la voie à la personnalisation de masse. Mais surtout, elles ont le potentiel de bouleverser les pratiques d’affaires et les chaînes d’approvisionnement, tant en amont qu’en aval de la production même. Elles permettent des phases de prototypage rapide plus fréquent. Elles promeuvent de nouveaux usages sociaux sur un mode plus collaboratif. Elles interrogent les pratiques d’enseignement. Elles transforment les pratiques professionnelles dans le monde de l’architecture, du design, de l’ingénierie.

L’impact de ces  technologies  est encore mal compris, car ce domaine d’étude est principalement confiné aux travaux de recherche centrés sur la technologie et l’ingénierie de production. Ces travaux sont indispensables pour l’avancement des savoirs sur les imprimantes 3D elles-mêmes, mais leur usage demeure peu étudié. On entend souvent parler de celles-ci dans des Fab Labs,des ateliers participatifs, au sein de l’industrie, mais quel en est l’usage professionnel réel ? Transforment-elles les pratiques ? Si oui, lesquelles ? Les pratiques techniques ? Les pratiques organisationnelles ? Les relations clients ? La dynamique de l’industrie ?

Dû à son impact potentiel important, l’étude d’un phénomène technique – l’impression 3D – par les sciences sociales (science du design, communication, sciences de l’organisation, anthropologie, sociologie, etc.) s’impose. Par ailleurs, nous souhaitons établir des liens forts entre ces perspectives de recherches, soit mettre en place des passerelles afin d’intégrer ces différents savoirs. Il s’agit ici d’initier un dialogue transdisciplinaire sur la question de l’impression 3D et ainsi et éviter l’écueil de la stratification de recherches éparses.
Les quatre axes pressentis du colloque sont:
1.    les technologies additives, leur évolution historique, les différentes technologies et de leurs capacités et leurs limites présentes et futures.
2.    les transformations sociales et sociétales reliées à l’utilisation de ces technologies. Quelles modifications dans les pratiques de conceptions? Quels usages dans les Fablabs? Quels nouveaux modes d’organisation? Quels changements organisationnels? Sociaux? Quelles nouvelles approches éthiques? Quelles utopies à déconstruire?
3.    les transformations des pratiques professionnelles dans différents secteurs professionnels (aéronautique, bâtiment, agroalimentaire, etc.), et dans différents métiers (ingénierie, design, architecture, etc.). Quels changements pour l’entrepreneuriat?
4.    les problématiques d’enseignement autour des questions de l’impression 3D. Doit-on apprendre des pratiques techniques ou transformer plus profondément l’enseignement en tenant compte, par exemple, des pratiques collaboratives autour de l’impression 3D? Quels retours d’expérience?

Le colloque sera l’occasion de souligner le dynamisme de l’impression 3D au Québec et au Canada, et de fédérer un réseau de chercheurs interdisciplinaires sur les questions touchant l’impression 3D. Il permettra d’échanger entre chercheurs, mais également avec les praticiens et professionnels. L’établissement de relations entre le monde professionnel et le milieu universitaire nous semble ici fondamental.

L’objectif est double: (1) avancer sur ces questions fondamentales des pratiques professionnelles et des usages de ces technologies dans l’enseignement, dans différentes industries et par différents corps de métier; (2) réunir un ensemble de chercheurs et de professionnels intéressés par ces questions pour fédérer une communauté de recherche sur la question de l’usage de l’impression 3D et des technologies émergentes au Québec et au Canada.

Comité scientifique: Artur Alves, Concordia University, Samuel Bernier-Lavigne, Université Laval, Guillaume Blum, Université Laval, Michel de Blois, Université Laval, Claudia Déméné, Université Laval, Caroline Gagnon, Université Laval, Valérie Lehmann, Université du Québec à Montréal, Johan Söderberg, Stockholms universitet
Comité organisateur: Guillaume Blum, Université Laval et Michel de Blois, Université Laval, Sergio Junio Da Silva, Université Laval

Calendrier
Dès que possible – faites part de votre intérêt à participer
12 février 2016 – Proposition à envoyer sous la forme d’un résumé
20 février 2016 – Réponse aux auteurs
9 mai 2016 – Tenue du colloque

Format des résumés à soumettre
– Identification: Nom de ou des auteur-e-s, accompagné du statut et de l’affiliation (établissement ou organisme d’attache) et coordonnées courriel
– Titre de la communication
– Résumé de la communication: maximum de 2500 caractères, en français
- Biographie: maximum de 500 caractères, en français
– Indiquez si vous envisagez à la suite du colloque de présenter un texte en vue d’une publication.

Les intérêts à participer, envois de proposition et échanges divers sont à envoyer à colloque.impression3d@gmail.com
Site web du colloque: http://www.bit.ly/acfas-impression3d

Nous envisageons de donner suite aux meilleures présentations du colloque à travers la publication d’un ouvrage ou numéro spécial sur le sujet.

Lancement du projet BourbaKeM

L’association pour la gestion des connaissances dans la société et les organisations (AGeCSO), association dont je fais partie, lance aujourd’hui le projet BourBaKeM visant à diffuser largement et vulgariser les fondements, approches, techniques, savoirs reliés à la gestion des connaissances.

« L’objectif du projet BourbaKeM est de fournir des éléments de compréhension sur tous les points critiques du domaine de la gestion des connaissances. Le projet vise à permettre à des enseignants, des formateurs, des chefs de projet, des chercheurs débutants ou curieux etc.de s’approprier des notions jusqu’ici disparates et floues.

Le projet BourbaKeM n’a pas l’objectif démesuré de couvrir toute la question universelle de la connaissance, mais de fournir des éclairages ponctuels, simples et utiles. Ce n’est pas un traité de recherche, à la pointe des dernières connaissances, mais un recueil d’éléments de base, sous un format compréhensible, disponible à une large catégorie de personnes ».

Les différents travaux du projet BourBaKeM sont diffusés sous licence Creative Commons (CC-BY-NC-SA) pour permettre une large diffusion des idées et pratiques de la gestion des connaissances dans la communauté scientifique et professionnelle. Le projet est amené à grossir dans les mois et les années à venir. Si vous voulez plus d’informations, vous pouvez me contacter.

Liens :

Double vision de la science: entre tradition et ouverture ?

Florence Piron, professeure titulaire à l’Université Laval, propose un diaporama très intéressant sur le thème de la publication scientifique. Il s’agit d’une lecture de celle-ci à travers les deux prismes de la science conventionnelle et de la science ouverte, mis en opposition à travers des systèmes de valeurs différents. On pourrait dire, pour résumer, que là ou la science conventionnelle s’intéresse à la recherche pour la recherche, la science ouverte prend en considération que la science n’est pas déconnectée de la société, et intègre donc sa diffusion et son usage.

Les humanités numériques ?

Est-ce un oxymore que de parler d’humanités numériques ? Pour en savoir plus, on peut se référer à la très intéressante discussion sur les humanités numériques, enregistrée à l’occasion du Salon du Livre de Paris 2014, animé par Xavier de la Porte, avec Alexandre Gefen (fabula.org), Pierre Mounier (CLEO), Michel Wieviorka (FMSH).

Et pour aller plus loin, l’Institut français publie un rapport sur les « humanités numériques ». On peut également se référer au livre de Milad Doueihi, « Pour un humanisme numérique ».

Politique du logiciel libre par Sébastien Broca dans l’émission Place de la toile

J’ai écouté aujourd’hui en balado-diffusion l’excellente émission Place de la toile, une des rares émissions traitant bien des nouvelles technologies et de la culture numérique. L’émission en question a plusieurs semaines puisqu’elle date de fin 2013, mais elle mérite d’être écoutée. Elle traite de logiciels libres, de leurs cultures et de l’utopie associée à ce mouvement. L’invité est Sébastien Broca, auteur d’une thèse transformée en ouvrage portant sur l’utopie du logiciel libre.

L’émission est riche, mais je trouvais intéressant, pour illustrer l’idée du logiciel libre et de la collaboration associée d’illustrer la chose dans la forme même de cet article.  En effet, l’entrevue a été retranscrite par des membres de l’association APRIL. Je me suis donc permis de récupérer le texte, et de réaliser une rapide analyse à partir d’un logiciel libre d’analyse de texte, et d’en faire une interprétation libre.

Broca-graph_similitude

À partir de ce graphe de similitude, on voit que l’émission tourne autour du logiciel libre, avec plusieurs questions portant entre autres choses sur la propriété intellectuelle, sur l’idée de liberté et la question politique associée, sur le rapport à la technique et à l’économie. On traite du logiciel à travers son utilisation, spécifiquement de la question différenciée du logiciel à code source ouvert (open source) et de son utilisation pas les grandes entreprises. Enfin, la question du travail et des modes d’organisations sont traités.Broca-AFC

On distingue dans l’entrevue, à partir d’une classification du discours, cinq classes de discours observables sur l’Analyse factorielle des correspondances (AFC) ci-dessus. 1) La classe rouge traite de la question technique, retraçant l’historique du développement du logiciel. 2) La classe verte représente le logiciel libre, vu comme un élément philosophique centré autour de la question de la liberté, initié par Richard Stallman. 3) S’opposant au logiciel libre, la classe bleue du logiciel à code source ouvert (open source) est centrée sur l’idée d’efficacité. 4) La classe grise reprend la dimension managériale d’organisation du travail, correspondant à l’innovation organisationnelle menée par le logiciel libre, reprise plus tard par des projets comme Wikipédia, et aplanissant la hiérarchie. 5) Enfin, la classe violette reprend l’idée du logiciel libre comme utopie (ou réalité) politique, ouvrant la voie à un nouveau mode de société (pour le dire vite) question au coeur du livre de Sébastien Broca.

Ce trop court résumé de l’émission, bien incomplet, illustre dans sa forme même la puissance de l’idée du logiciel libre: remixer les contenus pour en faire de nouveaux usages.

Voir aussi Sortie du livre Utopie du logiciel libre – Interview de Sébastien Broca.

Classement environnemental des compagnies aériennes

Le 11 sLogo atmosfaireptembre dernier, l’entreprise allemande Atmosfair a réalisé un intéressant classement des compagnies aériennes sur la base des données détaillées de l’OACI, en prenant comme référence un vol plein sur un appareil efficace, puis, en déterminant un coefficient d’efficacité pour chaque compagnie.

Au Canada, deux compagnies aériennes sont présentes dans le classement:

  • Air Transat – classée 16e sur 125 compagnies évaluées – 74% d’efficacité
  • Air Canada – classée 62e sur 125 compagnies évaluées – 61,3% d’efficacité

Pour remettre en perspective, voici le positionnement de quelques autres compagnies:

  • Monarch Airlines – 1ère place (81,1% d’efficacité)
  • Emirates – 20e (72% d’efficacité)
  • KLM – 32e (68,4% d’efficacité)
  • Air France – 34e (67,6% d’efficacité)
  • US Airways – 38e (67,3% d’efficacité)
  • United Airlines – 39e (67,2% d’efficacité)
  • British Airways – 50e (63,9% d’efficacité)
  • Qatar – 51e (63,8% d’efficacité)
  • Lufthansa – 54e (63,7% d’efficacité)
  • Delta – 77e (56,8% d’efficacité)
  • Virgin Atlantic Airways – 112e (43,9% d’efficacité)
  • PGA – Portugalia Airlines – 125e (31,2% d’efficacité)

Le classement complet distingue entre court, moyen et long courriers. Le rapport, ainsi que les détails méthodologiques sont entièrement disponibles en ligne.

Sur son site internet, l’entreprise présente également un calculateur de CO2-équivalent. Par exemple, un aller-retour Montréal-Paris représente 3 800 kg d’équivalent CO2 par passager. On est encore loin d’un vol propre, même si l’industrie fait beaucoup d’effort pour y arriver…

Ce blogue présente plusieurs projets sur lesquels je travaille, principalement dans les domaines du management, de la gestion de produits/services innovants et de la gestion des connaissances. J'alimente ce blogue à un rythme irrégulier.