Réflexions sur le débat autour de l’hydroxychloroquine (1)

Cette série de textes est issue d’une inquiétude par rapport aux décisions liées à la COVID-19 et notamment aux réactions sur les travaux sur l’hydroxichloroquine, et à la formidable machine de propagande actuelle qui risque d’avoir des répercussions catastrophiques dans le futur, et pas nécessairement celles auxquelles on pense.

Tout d’abord, quand on pense hydroxychloroquine, on pense professeur Raoult. C’est vrai … et c’est faux. En effet, il ne s’agit pas du seul expert à travailler sur ce traitement. On trouve également plein d’autres experts travaillant sur d’autres traitements. Plusieurs autres recherches d’autres chercheurs internationaux concordent sur le potentiel de l’hydroxychloroquine comme antiviral adapté dans le cas de la COVID-19. Donc 1) il ne s’agit pas d’une découverte individuelle. Pour rappel, et ce n’est pas nouveau, la science est une grande aventure collective, malgré les nombreux prix et la course à la publication qui tendent à lui donner une dimension individuelle.

Cette dimension collective ne veut pas dire non plus dire que le professeur Raoult soit un scientifique de second rang dans son domaine, les maladies infectieuses. Plus de 3000 articles scientifiques(*) dont des publications dans les meilleures revues (Science, Nature, The Lancet, etc.), plus de 147 000 citations, un h-index de 175, c’est-à-dire que 175 de ses articles ont été cités chacun au moins 175 fois. Alors, certes il faut prendre les indicateurs bibliométriques avec des pincettes (Gingras, 2014), et ces derniers peuvent donner une mauvaise représentation d’une activité de recherche. Mais ces indicateurs vont tous dans le même sens, à savoir un chercheur – ou plutôt une équipe de recherche – de premier plan au niveau mondial. Quelques exemples, avec leurs limites puisque chaque champ scientifique est difficilement comparable, de même que comparer les époques entre elles est difficile. Albert Einstein, à une autre époque, a un h-index de 207. Dans le domaine des maladies infectieuses, je pense qu’il n’y a que Nicholas White qui a un h-index supérieur (179), mais plutôt pour des travaux sur les maladies tropicales. En matière de nombre de citations, et pour donner un comparatif, au Québec (où je travaille), il semble y avoir, toutes disciplines confondues, un seul chercheur dépassant ce nombre de citations, Andreas Warburton (McGill U.) dans le domaine de la physique des particules. Ces données sont à relativiser: personne n’est capable d’écrire 3000 articles. Il s’agit évidemment des co-signatures avec son équipe, personne n’est dupe. C’est souvent la norme, car cela permet d’assurer le financement de la recherche dans un système qui fonctionne sur un principe de starification, là où il s’agit dans la réalité d’un travail collectif. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas penser à l’individu « professeur Raoult », mais au collectif « Raoult », en l’imaginant comme porte-voix de sa personne et de ses collègues. Et un porte-voix d’une des équipes à la pointe du domaine des maladies infectieuses à travers le monde. Donc 2) Raoult est le porte-parole d’un collectif expert mondialement reconnu dans le domaine dont fait partie la recherche sur la COVID-19.

Or, contrairement à l’idée reçue, la science n’est pas un terrain dépassionné. Il y existe des controverses, des idéologies, des passions et des rancunes, des idées à la mode et d’autres qui ne le sont pas. On pourra se référer aux travaux de Latour et Woogar (2013) comme exemple, de la dynamique passionnante et passionnée, beaucoup plus politique qu’on ne pourrait le croire selon l’image d’Épinal qui en est généralement dressée. Généralement, avec le temps, un certain consensus se forme, et la controverse finit par disparaître, parfois pour mieux réapparaître des décennies plus tard. Ces débats entre experts passent généralement inaperçus aux yeux du grand public. La question brulante sur le sujet dont de la COVID-19 ramène ces différences de paradigmes au premier plan.

Que pouvons nous conclure de ces faits d’un point de vue scientifique? Pour l’instant, rien. En effet, les études menées sont encourageantes sur le potentiel de l’hydroxychloroquine (combinée à l’azithromycin), mais tous les tests n’ont pas été effectués. Comme beaucoup de critiques l’ont noté, l’étude de Gautret et al. (2020, car oui, Raoult n’est pas le premier auteur) est très critiquable d’un point de vue méthodologique, ce qu’on peut comprendre pour une étude effectuée dans l’urgence (voir par exemple Belli, 2020). Mais a) plusieurs autres études existent tendant à aller dans le même sens d’un effet positif de l’hydroxychloroquine et b) des recherches sont en cours pour démontrer en respectant les meilleurs protocoles (groupe témoin, échantillon large, tests en double aveugle, etc.) l’efficacité du produit. Le problème est que les résultats arriveront probablement dans le meilleur des cas, dans plusieurs mois. C’est-à-dire dans plusieurs dizaines/centaines de milliers, voire millions de morts. Peut-être même une fois la vague de l’épidémie passée. Donc trop tard pour sauver de trop nombreuses vies. 3) La réponse scientifique sur l’efficacité de l’hydroxychloroquine arrivera au mieux après plusieurs dizaines/centaines de milliers de morts.

Est-ce à dire que nous ne pouvons rien dire ou faire en attendant ? La question n’est pas si évidente, et pour la mettre en lumière, un petit aparté théorique semble intéressant. Il s’agit de distinguer les connaissances explicites des connaissances tacites, distinction que l’on doit au chimiste Michael Polanyi dans The Tacit Dimensions (1966). Les connaissances explicites sont celles que l’on peut mesurer, exprimer aisément en mots ou en chiffres, et donc propice à la codification, la validation, vérification. Les savoirs scientifiques établis se classent dans cette première catégorie. Les connaissances tacites sont a contrario difficilement exprimables. C’est ce que l’on sait par intuition ou de manière incarnée (comme faire du vélo). Nous pouvons avoir conscience de ces connaissances (nous savons que nous savons), ou pas. Ce qui fait dire à Polanyi que « nous savons plus que nous pouvons exprimer ».

Nombre d’études dans le domaine de la gestion des connaissances ont montré que les savoirs tacites et explicites sont fortement liés, notamment dans la continuité des travaux de Nonaka (1994) qui montrent que le développement de savoirs nouveaux nécessite l’intégration de ces deux types de savoirs de manière individuelle et collective. Ainsi, un expert développe à la fois ses connaissances explicites (formalisées), mais également ses connaissances tacites dans le domaine. Trop mal connues, ces connaissances pourtant réelles sont souvent déconsidérées. Elles seront considérées comme moins nobles, moins sujettes à valorisation. On déconsidère leur efficacité, et on les relègue souvent au rang de l’intuition. Pourtant, c’est bien ces connaissances tacites qui font de l’expert ou du scientifique une personne tout à fait apte à intervenir sur les enjeux dont il est spécialiste. C’est une part essentielle de l’apprentissage, complémentaire à la compréhension et à la rigueur de la méthode. Par exemple, c’est ce qui permettra dans un contexte incertain et complexe à un expert de dégager rapidement des pistes prometteuses. Sans encore avoir les données. Et lui permettre de guider son action vers une forme efficace.

Or la médecine n’est pas une science, ou n’est pas qu’une science. Il y a de vrais enjeux épistémologiques dans le débat sur les travaux menés par l’équipe du professeur Raoult qui sont très bien décrits dans l’article de Michel (2020) que j’encourage les lecteurs à aller lire. On synthétisera en disant qu’il y a un principe de épistémique, mais également un principe d’action puisque la médecine relève de principes de connaissances guidant l’action, mais avant tout d’une action, d’une pratique visant à guérir. Or, de nombreux biais dans la manière de produire la connaissance existent, dans un système qui favorise une approche médicale sous perfusion financière des laboratoires, privilégiant le développement de nouvelles molécules au développement de traitements efficaces. Dans beaucoup de cas, l’enjeu est invisibilisé par « le travail scientifique ». Mais l’urgence de la situation actuelle rend cette dynamique contradictoire extrêmement prégnante.

Pourtant, il est étonnant de constater que ce qui est critiqué en matière de prise de décision sur les modalités de traitement médical (via l’hydroxychloroquine) est pourtant le mode de prise de décision en matière de choix épidémiologique, soit principalement les mesures de distanciation sociale. En effet, dans les deux cas, les choix reposent sur des données partielles et discutables, en faisant des estimations très relatives (sur la question des mauvaises données à disposition, voir notamment Boullier, 2020). Par exemple, la durée d’isolement de 14 jours semble estimée au doigt mouillé, la distance de deux mètres également. Cela ne veut pas dire que les choix de distanciation sociale soient de mauvaises décisions. Je pense qu’il s’agit d’une excellente mesure de santé publique. Or l’usage d’hydroxychloroquine relève du même type de mesure d’urgence, qui devrait être pris en l’absence de données suffisantes.

En effet, cela pose une double question éthique et politique avant d’être scientifique. La question est la suivante: en l’absence de données probantes, doit-on modifier le protocole à suivre en matière de santé publique ? J’ai déjà traité cette question sous la forme d’une fable (Blum, 2020), mais je souhaiterais revenir sur cette question dans une prochaine publication. Car les conséquences à venir semblent importantes.

(*) Les données sont issues de Google Scholar.

Bibliographie

Design, innovation et administration publique

Ce mois de janvier débute sur deux nouvelles publications chez YLA Formation portant sur deux chapitres reliés, mais que l’on peut lire de manière indépendante, sur l’importance du design dans l’administration publique.:

Les deux chapitres sont disponibles dans l’ouvrage en ligne.

Pour reprendre le descriptif de l’éditeur, “c’est un livre à large clientèle puisqu’il couvre 12 facettes distinctes, mais complémentaires –à bien comprendre et maîtriser– pour toute organisation (publique, privée ou associative) qui souhaite favoriser une Approche intégrée de sa gestion de l’information“.

R&D Management Conference 2020, “Design across organizational boundaries”​, Glasgow – Call for papers

Under the general theme “Innovation Across Boundaries: Historical Reflection and Future Vision” we invite researchers to submit papers in our track “Design spaces across organizational boundaries: Novel opportunities for strategic impact”

Estelle Berger (Strate School of Design, FR), Guillaume Blum (Laval University, CA) and Giulia Marcocchia (École Polytechnique, FR) will be chairing this track. We expect contributions addressing the strategic role of Design in managing systemic innovation. In particular, boundaries shall be challenged regarding:

  • The contribution of design for collaboration among organizations
  • The implementation of a design approach to open innovation 
  • The impacts of design-led innovation on the decision-making process 
  • The KPI associated with design
  • Training managers to design and/or design thinking
  • The contribution of a design approach in formulating the organization’s raison d’être, and the impacts on its CSR & sustainability policy 
  • The role of design in promoting innovation management focused on inclusiveness

Abstracts are expected by February 3rd 2020. Full description and call for papers are available here: https://www.rnd2020.org/Conference-Tracks/id/249

Modeste réflexion sur l’Université, et sur le rôle des professeurs

Au cours de mes explorations chaotiques des internet, j’ai déniché cet avis de 1982, portant sur le rôle du professeur d’Université (Conseil supérieur de l’éducation, 1982). J’y ai trouvé plusieurs idées et arguments intéressants, en lien avec la réflexion sur ma profession, dont la seule dimension enseignement est souvent mise en avant à l’extérieur, qui plus est sous un aspect de « technique pédagogique ». Les professeurs sont ainsi souvent ramenés à des distributeurs d’informations, formateurs de compétence en lien avec les besoins du marché de l’emploi. En parallèle, le discours dominant au sein de la profession vise à mettre en avant la primauté. de la recherche, sans toujours de considération pour la dimension éducative. 

Or ce texte commence par un rappel bienvenu concernant le rôle du professeur le difficile équilibre à trouver entre les quatre catégories désormais classiques de ce qui a trait à l’enseignement, à la recherche, mais également au service à la collectivité et à la participation à la vie universitaire. Ces deux dernières catégories sont parfois confondues, et les trois dernières souvent oubliées. On trouve dans ce rapport de nombreux autres points pertinents. J’en retiens notamment les cinq suivants.

  1. La recension et réfutation de clichés portant sur le professeur: il est le mieux pourvu.. et bien protégé… ; il est « installé dans sa tour d’ivoire»… ; de sa tribune, il endoctrine les jeunes… ; il fait partie de l’establishment… ; il est bon pour discuter, mais ne s’engage pas… ; le professeur humaniste, une espèce rare en voie de disparition…
  2. On trouve aussi cette typologie des professeurs, belle (et parfois drôle), les classant en 10 idéaux types: le professionnel, le pédagogue, le spécialiste, le chercheur, l’entrepreneur, le missionnaire, l’idéologue, le solitaire, l’administrateur, la célébrité (pp. 20-22). J’avoue me reconnaître dans plusieurs de ces catégories.
  3. J’aimais assez cette critique de l’utilitarisme direct des apprentissages souhaités au sein des Universités, et ce rappel que l’évaluation directe et immédiate n’est pas nécessairement la meilleure, puisque jugée dans une perspective clientéliste des étudiants-« apprenants »: […] « La forte tension qui se développe entre les pôles de la pensée et de l’action se répercute aux divers plans des fonctions professorales. L’enseignement dispensé par le professeur est plus fréquemment controversé. Les étudiants ont appris bien avant leur entrée à l’université, les «vertus» de la contestation: ils reprochent aux professeurs de ne pas respecter les « syllabus », de donner des cours qui s’intègrent mal au programme de formation choisi et de négliger l’apport interdisciplinaire qui permettrait de situer et d’enrichir les connaissances acquises. De plus, le nombre de ceux qui ont connu ou connaissent pendant leurs études le marché du travail ne cesse de croître. A leur avis, l’enseignement est trop spécialisé, trop abstrait, « décroché » de la réalité, sans relation avec l’acquisition d’un savoir-faire professionnel » (p. 24).
  4. Le rapport rappelle également les influences françaises, allemandes, américaines liées à la construction du système universitaire québécois. « Les universités québécoises se sont constituées et développées en empruntant à ces diverses conceptions. Elles ont évolué sous l’effet d’une conjugaison de facteurs sociaux, scientifiques et culturels pour composer aujourd’hui une fresque aux couleurs diffuses et éclatées » (p. 27)
  5. Certains passages sur l’excès de tâches bureaucratique (rappel: on est en 1982 !), rentre en écho avec nos problématiques contemporaines, démultipliées par 40 ans de « néolibéralisme » et d’appauvrissement des institutions universitaires. « les tâches professorales ont besoin d’une certaine «épuration». Les aspects bureaucratiques de la fonction canalisent indûment, aux dires des professeurs eux-mêmes, une bonne part de leurs énergies et de leur temps au détriment d’activités plus utiles et plus productives. Les activités liées à la participation sous toutes ses formes sont envahissantes; il faudrait discerner celles qui sont essentielles de celles qui sont accessoires ou inopportunes » (p.39).

Finalement, je partage ici la conclusion de cet avis (l’emphase en gras est mienne):

« Comme institutions implantées dans la société québécoise, les universités sont investies d’une mission éducative importante qui doit conjuguer les impératifs du développement culturel et scientifique à ceux du développement socio-économique. Chacun de ces plans propose sa logique propre mais il est plus facile de les concilier lorsque abondent les ressources pour les soutenir. Dans le cas contraire, d’inévitables tensions naissent et provoquent de dures remises en question. Le contexte qui vient d’être évoqué place l’université québécoise dans une situation critique : elle subit de fortes pressions pour conformer son action aux exigences socio-économiques actuelles mais elle ne peut renoncer à la poursuite libre d’objectifs éducatifs, culturels et scientifiques, non immédiatement et non nécessairement rentables.

Parler de la productivité de l’université, c’est parler de l’efficacité et de la productivité de son corps professoral: la charge de travail devient alors l’objet premier de la rationalisation. Pourtant, le professorat, au niveau universitaire, n’est pas une sinécure. Fondamentalement axé sur la formation des personnes et le développement des connaissances, le rôle du professeur se situe dans un domaine aux perspectives multidimensionnelles, où il est sollicité de toutes parts. On ne reconnaît pas toujours le caractère particulier de l’effort intellectuel nécessaire pour remplir — successivement et parfois simultanément — plusieurs tâches différentes dans des contextes différents, avec une liberté de pensée et d’action qui ne doit pas se disperser dans l’activisme ou le dilettantisme mais servir une intégrité personnelle et professionnelle authentique.

À une extraordinaire croissance des besoins de développement de tous types, qui se diversifient plus rapidement qu’à toute autre période de l’histoire, répond une tendance irrépressible à accélérer les changements et les réformes. Cependant, les besoins, si urgents soient-ils, excèdent les possibilités et les ressources des universités et des universitaires. On en attend la formation d’un nombre beaucoup plus grand d’étudiants dans l’optique d’une prolifération de spécialités très poussées, et ce, pendant de plus longues périodes et même dans une perspective de perfectionnement permanent. Les services publics et l’entreprise privée réclament un progrès décisif des connaissances dans tous les champs d’activité, une amélioration continuelle des techniques et l’apport de solutions satisfaisantes aux problèmes concrets de l’heure: d’où le nombre et l’extension des projets de recherche disciplinaire et interdisciplinaire qu’il faudrait poursuivre et compléter. S’ajoutent encore les demandes incessantes de nouveaux types d‘ intervention dans l’organisation de la vie, du travail et des loisirs: les universitaires doivent pressentir les lignes de force qui se dessinent, découvrir les foyers d’intérêt et les courants sociaux qui auront des incidences sur un avenir prochain.

De telles exigences sont difficilement conciliables; elles requièrent une mobilité et une adaptabilité constantes qui, peu à peu, risquent de causer une diminution de la qualité des services offerts et même une déviation importante de l’essentiel: le professeur doit contribuer à former un être capable d’assumer un destin individuel et collectif » (p.39-40).

Source: Conseil supérieur de l’éducation (1982). Le rôle du professeur d’université. Avis au ministre. Disponible en ligne: http:/www.cse.gouv.qc.ca/fichiers/documents/publications/Avis/50-0315.pdf

Perspectives plurielles du design : évolution ou transformation de la recherche et des pratiques ?

Appel à communication, Dans le cadre du congrès de l’ACFAS, les 27 et 28 mai 2019, Canada

Problématique

Évoluant tout en maintenant vivante ses approches traditionnelles, le champ du design s’est ouvert à de nouvelles pratiques, de nouvelles approches théoriques et de nouvelles méthodologies à travers le temps et notamment depuis les années 2000. Si comme Buchanan l’expliquait déjà en 1992, le design concerne des interventions à des échelles allant de l’image, à l’objet, à l’espace et au système, il se décline maintenant en autant de pratiques, de modèles théoriques et de méthodologies qu’il convient de situer et d’interroger.

  • Des pratiques plurielles. Ainsi, au-delà des pratiques traditionnelles du design graphique, d’intérieur, de produits, se sont développées le design d’interactions (Bill Buxton, 2007 ; Norman, 2002), le co-design (Sanders & Stappers, 2008; Meroni et al., 2018), le design de service (Kimbell, 2014; Sangiorgi & Prendiville, 2017), le design d’expériences (Shedroff, 2001 ; Hassenzahl, 2010), le design d’interfaces, et le design d’information (Horn, 1999), le design management (Borja de Mozota, 2018), le design thinking (Brown, 2014) dans les milieux corporatifs, politiques et administratifs (Julier & Kimbell, 2016), le design de politiques (27e Région, 2010; Bason, 2014; Kimbell, 2015).
  • Des perspectives conceptuelles et théoriques multiples avec l’apparition entre autres, d’une réflexion sur la responsabilité (Papanek, 1972) sur l’innovation sociale (Manzini, 2015), l’activisme par le design (Fuad-Luke, 2009) sur le féminisme (Sparke, 1995, Buckley, 2009), sur la décolonisation (Escobar, 2018), sur le design de transition (Irwin, 2015) ouvrant elles-mêmes de nouvelles pratiques critiques et avenues de recherche.
  • Des méthodologies diversifiées issues d’un ancrage de plus en plus affirmé avec les sciences humaines et sociales, qui tend à transformer les liens du design avec les arts appliqués et les sciences de l’artificiel (Simon, 2004). Cet ancrage amène des méthodes reposant sur une compréhension fine des perspectives cognitives, sociologiques, anthropologiques de l’expérience humaine.

Le design demeure l’activité transdisciplinaire qu’il était déjà, mais il s’étend sur ses pratiques, ses théories, ses méthodes, ouvrant alors de toutes nouvelles perspectives tant en matière de recherches que de pratiques. En touchant aux enjeux pratiques, théoriques et méthodologiques, c’est finalement également la question de l’assise épistémologique et des spécificités des métiers du design qui se posent. Ces nouvelles frontières du design poussent donc également à réfléchir sur son identité profonde.

Ce colloque vise à réfléchir à ces mutations en cours et à venir. Plusieurs questions pourront y être traitées, de manière non exhaustive, en voici quelques-unes : quelles relations entre les approches traditionnelles et renouvelées du design ? Quels impacts de ces nouvelles pratiques, théories ou approches ? En s’étendant de la sorte, peut-on encore parler de design ? Faut-il repenser les assises épistémologiques du design ? Quelles tendances futures pour le design ?

Pertinence

Le colloque vise une meilleure compréhension de la transformation et de l’évolution des activités de design, tant au niveau de sa pratique que de la recherche, afin de produire de nouvelles connaissances conceptuelles, théoriques qui permettront de dessiner les pourtours d’un portrait plus juste des enjeux contemporains auxquels fait face le design – et auxquels font face les designers. Les échanges entre les différents membres de la communauté du design intéressés par les thèmes proposés offriront certainement des retombées pertinentes d’un point de vue scientifique, mais aussi d’un point de vue social. En effet, le colloque vise à permettre la diffusion de travaux entre chercheurs et praticiens en design. En effet, les échanges se veulent accessibles aux praticiens qui auraient développé une approche réflexive poussée. Il est fondamental de contribuer à nourrir une relation entre le monde professionnel et le milieu universitaire, afin de développer les transferts de connaissances et de pratiques. De plus, Armstrong et al. (2014) soulignent dans un rapport commandé par le Arts & Humanities Research Council en Angleterre que la pratique du design a, depuis quelques années, élargi sa portée et s’engage maintenant dans de nouveaux champs, comme celui de la politique, mais que la recherche en design n’a, dans l’ensemble, pas su suivre cet élan. Pourtant, l’intérêt grandissant des différents intervenants (étudiants, professionnels et chercheurs) pour le design à portée sociale permet de constater que sa pratique a devancé la capacité de sa recherche, du moins dans le contexte anglais décrit par Armstrong et al. Il serait donc pertinent, voire important, d’établir un état de la situation auprès de la communauté francophone du design.

Objectifs

Le colloque vise quatre objectifs : 1) Au niveau scientifique, développer une meilleure compréhension des mutations en cours, en vue de comprendre comment ces mutations impactent les activités de design, y compris les activités traditionnelles du design. Reconnaître en particulier les démarches de recherche action / création, qui contribuent aujourd’hui à l’ancrage épistémologique du design. 2) Au niveau de la relève en recherche, offrir aux chercheurs juniors la possibilité de présenter leurs travaux en lien avec leur recherche de maîtrise ou de doctorat, et d’avoir un retour de la communauté de chercheurs établis. 3) Au niveau communauté des chercheurs en design, réunir dans le cadre d’un colloque annuel lors de l’ACFAS les chercheurs en design de la communauté francophone, et plus particulièrement ceux présents au Québec pour enrichir la dynamique de recherche et 4) renforcer les liens les professionnels du design.

Format

Le format prévu est une organisation sur une journée et demie (27 et 28 mai 2019).

  • La première demi-journée organisée l’après-midi fera intervenir des chercheurs juniors (étudiants de 2e et 3e cycle) présentant leurs travaux, en vue de les aider dans le développement de leurs problématiques, méthodes de recherches, etc. La présence de chercheurs seniors vise à aider les étudiants dans l’élaboration de leurs recherches. Il est prévu de faire intervenir 8 à 10 étudiants à raison de 30 minutes par intervenant.
  • La journée du 28 mai sera l’occasion d’intervention de travaux de recherche en lien avec la thématique du colloque.

Processus et critères de sélection des conférenciers

  1. Un résumé d’une page maximum est à envoyer à design.acfas2019@gmail.com. Préciser si vous postulez dans la catégorie
    1. chercheur junior – recherche en cours ou
    1. dans la section principale.

Date limite pour candidater : 25 février.

  • Les communications seront évaluées par le comité scientifique sur la base de trois critères : pertinence du sujet ; qualité de la méthodologie ; originalité (ou rigueur) de l’apport conceptuel/théorique et/ou empirique.
  • La réponse aux conférenciers sera délivrée début mars.


Références

  • 27e Région, (2010), Le design des politiques publiques, Paris : La documentation française.
  • Armstrong, L., Bailey, J., Julier, G. & L, Kimbell. (2014). Social Design Futures. University of Brighton : England.
  • Bason, C. (Ed.). (2014). Design for Policy. London: Routledge.
  • Borja de Mozota, B. (2018). Quarante ans de recherche en design management : une revue de littérature et des pistes pour l’avenir. Sciences Du Design, (7), 28–45.
  • Brown, T. (2014). L’Esprit design: Comment le design thinking change l’entreprise et la stratégie. Montreuil. Pearson Education.
  • Buchanan, R. (1992). Wicked Problems in Design Thinking. Design Issues, 8(2), 5–21.
  • Buckley, C. (2009). Made in Patriarchy: Theories of women and design- a reworking. In H. Clark & D. E. Brody (Eds.), Design studies: a reader. Oxford ; New York: Berg.
  • Buxton, W. (2007). Sketching user experiences: getting the design right and the right design. Amsterdam: Elsevier/Morgan Kaufmann.
  • Escobar, A. (2018). Designs for the pluriverse: radical interdependence, autonomy, and the making of worlds. Duke University Press.
  • Fuad-Luke, A. (2009). Design activism. Beautiful strangeness for a sustainable world. New York, NY : Taylor & Francis.
  • Hassenzahl, M. (2010). Experience Design: Technology for All the Right Reasons. Synthesis Lectures on Human-Centered Informatics, 3(1), 1-95.
  • Horn, R. E. (Ed.). (1999). Information design. The MIT Press.
  • Jullier,G. & L. Kimbell. (2016). Co-Producing Social Futures Through Design Research, University of Brighton.
  • Kimbell, L. (2015). Applying design approaches to policy making: discovering policy lab. Brighton: University of Brighton. Retrieved from http://ualresearchonline.arts.ac.uk/9111/
  • Manzini, E. (2015). Design, when everybody designs: an introduction to design for social innovation. Cambridge, Massachusetts: The MIT Press.
  • Meroni, A., Selloni, D. & M. Rossi. (2018). Massive Codesign : A Proposal for a Collaborative Design Framework. FrancoAngeli : Milano, Italy.
  • Norman D. A. (2002), The design of everyday things. New York : Basic books.
  • Papanek, V. J. (1972). Design for the real world: human ecology and social change. New York: Pantheon Books.
  • Sanders, E. et P.J. Stappers, (2008), « Co-creation and the new landscape of design », Co-design, 4(1): 5-18.
  • Simon, H. (2004). Les Sciences de l’artificiel. Gallimard.
  • Shedroff, N. (2001). Experience Design 1. New Riders : Indianapolis, Ind.
  • Sparke, P. (1995). As long as it’s pink. London: Pandora.

Comité scientifique

Walid Belazreg, Université Côte d’Azur, CNRS GREDEG Sophia Antipolis ; Estelle Berger, Strate école de design ; Guillaume Blum, École de design de l’Université Laval ; Colin Côté, École de design de l’Université Laval ; Valérie Côté, École de design de Université Laval ; Michel de Blois, École de design de l’Université Laval ; Claudia Déméné, École de design de l’Université Laval ; Alain Findeli, Université de Nîmes ; Caroline Gagnon, École de design de l’Université Laval ; Philippe Gauthier, École de design de l’Université de Montréal ; Tatiana Leblanc, École de design de l’Université de Montréal ; Jocelyne Le Bœuf, L’École de design Nantes Atlantique ; Pascal Lièvre, Université de Clermont Auvergne ; Frédéric Lépinay, École de design de l’Université Laval ; Marie D. Martel, EBSI, Université de Montréal ; Frédérique Pain, Strate école de design ; Sébastien Proulx, Ohio State University ; Stéphane Vial, École de design de l’UQAM.

Comité organisateur

Guillaume Blum, Valérie Côté, Sonia Cadoret, Justin Gélinas, Juliette Griesemann, Raphaël Guyard, Marie-Pier Savard.

Contact : design.acfas2019@gmail.com

Innover pour créer du sens? La voie de l’innovation par le design

Turbulences est un journal conçu comme un espace de veille à destination des décideurs, des planneurs stratégiques et des responsables de l’innovation, afin de leur apporter la vision essentielle des enjeux stratégiques à venir. La publication propose un panorama des dernières études de tendances, un tour du monde des innovations insolites ou remarquables, et une sélection des ouvrages les plus marquants parus dernièrement.

À l’occasion du dernier numéro sorti cette semaine de décembre 2018, j’ai publié un article portant sur l’innovation par le design comme activité créatrice de sens, contrairement à l’usage “traditionnel” du terme innovation utilisé comme rhétorique creuse.

Montée de la littérature scientifique des articles ayant comme sujet l’innovation.
Source des données: Web of science.

“Il est frappant de voir l’évolution de l’usage du terme. Ainsi, si on observe l’évolution relative des articles ayant pour sujet l’innovation dans la littérature scientifique de 1900 à 2016 (voir la Figure 1), on observe une explosion de son usage. Que l’on peut découper en quatre grandes phases, interprétables comme suit: 1) dans une première phase des années 1900 aux années 1950 le terme est très peu utilisé. On ne s’intéresse que peu en science aux applications ou au phénomène de l’innovation. 2) Des années 50 aux années 80, on observe une montée reliée aux premiers travaux identifiant l’innovation comme un phénomène important dans l’activité économique, notamment suite aux travaux de Schumpeter et des économistes évolutionnistes s’inscrivant dans sa lignée et approfondissant ses concepts. On commence à étudier l’innovation comme objet et à s’y référer comme résultat. 3) Des années 80 aux années 2000, on observe une accélération de la croissance, reliée à l’orientation néolibérale de la société qui commence à mettre en compétition les chercheurs, à demander des retombées en matière d’innovation. Le terme commence à se « fétichiser » et commence à être utilisé (artificiellement) pour justifier des financements complémentaires. 4) La quatrième phase dans laquelle nous nous trouvons est reliée à une intériorisation par les chercheurs des normes issues de la phase précédente, associée à une managérialisation des organismes publics et notamment de la recherche poussant au développement d’innovation pour toute recherche. Le terme est utilisé de manière creuse, sans sens associé, presque un usage phatique, c’est-à-dire assurant un contact linguistique sans communiquer de message associé”. (p. 8)

L’article est disponible en ligne au sein du numéro 4 de Turbulences.

Blum, G. (2018). Innover pour créer du sens? La voie de l’innovation par le design. Turbulences, (4), 7‑14.

Dossier sur le design management dans Sciences du design 07

C’est avec beaucoup de plaisir que ma collègue Véronique Cova et moi-même accueillons la publication du numéro thématique sur le design management de la revue Sciences du design que nous avons dirigés .

En plus de notre article d’ouverture accessible en libre accès, trois articles sont présentés dans ce dossier. L’article de Brigitte Borja de Mozota a également été tiré au sort pour être directement accessible. Voici donc le sommaire :

Deux autres articles de Yann Aucompte et de Philippe Gauthier, Sébastien Proulx et Yaprak Hamaratdans la catégorie Varia, deux visualisations de Lisa Borgenheimer et de Fabrice Sabatier et Axel Correia, et l’éditorial de Stéphane Vial, David Bihanic et Jocelyne Le Bœuf sont également présents dans ce numéro disponible en ligne sur CAIRN. Il est également possible de commander une version papier ici.

Bonne lecture et bon été !

Le designer : acteur de l’économie et de l’innovation responsable.

Je reproduis ici le court texte paru dans le livret des finissants 2018 en design de produits. L’occasion d’aller voir les magnifiques projets de nos – ex – étudiants. L’une des caractéristiques du programme en design de produits de l’Université Laval est sa dimension entrepreneuriale (au sens large), nos étudiants étant amenés à développer un modèle économique pour leur produit.

Blum, G. (2018). Le designer : acteur de l’économie et de l’innovation responsable. In cohorte 2018 (Éd.), Première Expo (p. 87). Québec, Canada: École de design, Université Laval. Consulté à l’adresse https://www.design.ulaval.ca/files/design/LivretBDP2018.pdf

Le design est plus qu’une discipline. C’est une attitude, une approche non pas linéaire et progressive, mais tourbillonnante, pleine de vie, de passion, de compréhension, de curiosité, d’interrogation du réel, menant à un résultat, une innovation. Pour devenir réalité, l’innovation a besoin d’une structure, d’une organisation, d’un modèle économique et organisationnel. Cela peut se retrouver dans une entreprise déjà existante, mais ces dernières sont moins aptes à innover parce que déjà structurées, possédant leurs propres routines organisationnelles (Nelson et Winter, 1982), leurs sentiers de dépendance préexistants (David, 1994) menant à un enfermement créatif et économique. C’est pour cela que l’on retrouve souvent l’innovation associée à de jeunes entreprises, qui n’ont rien à perdre dans une perspective évolutionniste de l’économie. Ainsi, Schumpeter (1911) a fait de l’entrepreneur l’acteur central du capitalisme.

Or l’entrepreneuriat est le plus souvent associé aux écoles de gestion. Pourtant dans l’action d’entreprendre, il y a l’acte de créer, d’innover. Il y a cette folie nécessaire, mais maîtrisée, si lointaine de l’activité gestionnaire telle qu’elle est couramment enseignée dans les facultés d’administration, si proche de la démarche du design. Certes, un certain nombre d’apprentissages sont à faire sur la maîtrise d’outils de gestion. Mais ils ne sont pas centraux. Vaut-il mieux former un designer aux outils de la gestion ou un gestionnaire aux outils du design? La question n’est pas tranchée, mais les diplômés du baccalauréat en design de produits reçoivent aussi une solide formation en gestion. Et peut-être l’erreur, dans nos sociétés individualistes, est de vouloir faire reposer l’entrepreneuriat sur un seul individu plutôt sur une démarche partenariale.

Les diplômés du baccalauréat en design de produits sont formés à l’innovation et l’entrepreneuriat par le design, dans une perspective humaniste, sociétale, responsable, collective. Parce que peut-être jamais autant qu’aujourd’hui – de par les transitions climatique, numérique, sociétale, technologique – nous n’avons eu besoin de vrais innovateurs, de vrais entrepreneurs. Bref, de vrais designers.

Souhaitons le meilleur à nos diplômés, pour le futur du Québec, du Canada, de toute l’humanité.

Bibliographie

David, P. A. (1994). Why are institutions the ‘carriers of history’?: Path dependence and the evolution of conventions, organizations and institutions. Structural Change and Economic Dynamics, 5(2), 205‑220.

Nelson, R. R., & Winter, S. G. (1982). An evolutionary theory of economic change. Belknap Press of Harvard University Press Cambridge, Mass.

Schumpeter, J. (1911). Théorie de l’évolution économique. Recherche sur le profit, le crédit, l’intérêt et le cycle de la conjoncture. Consulté à l’adresse http://classiques.uqac.ca/classiques/Schumpeter_joseph/theorie_evolution/theorie_evolution_2.pdf

Le design thinking est-il partout, sauf en design ?

[English will follow]

Vous êtes convié mardi 3 avril de 15h15 à 17h15 à une table ronde sur le thème Le design thinking est-il partout, sauf en design ? dans le cadre des journées de l’innovation de l’Abbé Grégoire, organisée au conservatoire des arts et métiers à Paris. Vous pouvez vous inscrire en envoyant un courriel à l’adresse suivante:

designthinkingeverywhere@gmail.com

Avant toute chose, nous souhaitons faire discuter et se rencontrer chercheurs et praticiens en gestion et en design.

Participeront:

  • Brigitte Borja de Mozota
    Maître de Conférences Honoraire à l’Université de Paris Ouest France
    Institut ACTE (UMR 8218, CNRS/Université Paris 1)
  • Estelle Berger
    Docteure en Arts Appliqués, enseignante chercheure, Strate Ecole de Design, Sèvres, France
  • Giulia Marcocchia
    PhD candidate, i-3 SES Telecom ParisTech
  • Bérangère Lauren Szostak
    Professeur des Universités en Sciences de Gestion
    Université de Lorraine, Laboratoire BETA,
  • Martin Kupp
    Associate Professor, ESCP Europe
    Director of research, Chair of Entrepreneurship

Organisateurs:

  • Frédérique Pain
    Directrice de la Recherche, Strate Ecole de Design
  • Guillaume Blum
    Professeur à l’école de design de l’Université Laval
    Groupe design, innovation et humanismes

Arguments

Depuis quelques années, l’intérêt pour le design thinking ou la pensée design s’est grandement accru. Entre janvier 2004 et novembre 2017 les recherches associées ont cru de plus de 16 fois (source: Google Trends). Dans la littérature scientifique, les premières références remontent à 1976. En 2000, on dénombrait 4 références là où l’on en retrouvait 279 en 2016 (source: Web of science). Et la tendance ne semble pas s’amoindrir.

Évolution du nombre d’articles scientifique sur le thème de la pensée design.
Source: Web of science.

La pensée design est l’objet de nombreux débats contradictoires. Le courant le plus souvent représenté la décrit comme une méthode de résolution de problèmes grâce à un processus théorisé à partir de la pratique des designers. Décrite notamment par Brown (2008) et par l’entreprise IDEO, elle vise à permettre à des non-designers d’appliquer la pensée design à leurs problèmes, quels qu’ils soient, pour aboutir à des solutions innovantes. D’autres comme Boland et Collopy (2004) y voient une théorie du management. Kimpbell (2011) identifie trois perspectives de la recherche sur la pensée design : un style cognitif, une théorie du design, une ressource pour les organisations. Plusieurs voient un problème dans l’application « bête et méchante » d’une procédure, sans en comprendre le quoi et le pourquoi, sans qu’elle ne soit adaptée à la culture de l’organisation. Ainsi, Kupp et al. (2017) à repenser la pensée design.

Paradoxalement, le champ d’intervention de la pensée design s’est développé indépendamment de la recherche et des pratiques en design. En effet, 1) la pensée design s’est beaucoup diffusée dans le monde de l’entreprise comme une forme d’innovation managériale visant à proposer une méthodologie permettant créativité et innovation. Ce faisant, elle s’est éloignée de la pratique du design en tant que telle, ce qui n’est pas sans créer de nombreuses tensions. Or, 2) on observe l’existence de la pensée design principalement dans les écoles et formations en gestion et bien peu dans celles de design.

Il existerait donc une tension entre la pensée design 1) comme fondement réflexif de la pratique du design (comment le design se pense) et 2) comme méthode de gestion applicable en vue d’améliorer le taux de produits et services innovants. Or, tout se passe comme si ces deux univers évoluaient indépendamment l’un de l’autre, sans tisser de liens.

Or, peut-on pratiquer la pensée design sans designer? S’agit-il de la même pratique, qu’un designer soit présent ou non dans le processus? Si oui, on peut alors se questionner sur l’apport des études en design? Imaginerait-on la construction d’un pont après une formation courte en “engineering thinking” ? La prescription de médicaments après un workshop “prescription thinking” ? Si non qu’appelle-t-on le design dans la pensée design ?

On peut donc légitimement se questionner quant à savoir qui porte la responsabilité de ce non-dialogue? Est-ce le praticien de la pensée design, obnubilé par sa pratique, perdant de vue la discipline d’origine? Ou le designer refusant toute hybridation et dialogue? La responsabilité est-elle partagée? Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là?


We are organizing a round table Tuesday, April 3 from 15:15 to 17:15 on the theme

Design thinking is everywhere. Except in design?

as part of the  Abbé Grégoire Innovation Days, organized at the Conservatoire des arts et métiers (CNAM), Paris. If you are interested to participate, you can register by sending an email to the following address:

designthinkingeverywhere@gmail.com

Participants:

  • Brigitte Borja de Mozota
    Honorary associate professor at the University of Paris Ouest France
    ACTE Institute (UMR 8218, CNRS / University Paris 1)
  • Estelle Berger
    PhD in Applied Arts,
    Lecturer and researcher, Strate School of Design, Sèvres, France
  • Giulia Marcocchia
    PhD candidate, i-3 SES Telecom ParisTech
  • Bérangère Lauren Szostak
    Full Professor in Management
    University of Lorraine, BETA Laboratory
  • Martin Kupp
    Associate Professor, ESCP Europe
    Director of Research, Chair of Entrepreneurship

Organizers:

  • Frédérique Pain
    Director of Research, Strate School of Design
  • Guillaume Blum
    Professor at the design school of the Laval University
    Group design, innovation and humanisms

We want to discuss and meet researchers and practitioners in design and management fields.

Bibliography

  • Boland, R., & Collopy, F. (2004). Managing as Designing – Common. Stanford University Press.
  • Brown, T. (2014). L’Esprit design: Comment le design thinking change l’entreprise et la stratégie. Montreuil (Seine-Saint-Denis): Pearson Education.
  • Kimbell, L. (2011). Rethinking Design Thinking: Part I. Design and Culture, 3(3), 285‑306. https://doi.org/10.2752/175470811X13071166525216
  • Kupp, M., Anderson, J., & Reckhenrich, J. (2017). Why Design Thinking in Business Needs a Rethink. Sloan Management Review. Consulté à l’adresse http://sloanreview.mit.edu/article/why-design-thinking-in-business-needs-a-rethink

Réflexion sur les liens entre design et management

J’ai eu l’occasion il y a quelques semaines d’écrire un article présentant une réflexion sur les liens entre le design et le management dans le journal du centre de recherche en gestion de l’école polytechnique, Le Libellio. Voici l’article, également disponible dans le numéro 4 du volume 13. En espérant qu’il intéressera ceux que le lien entre ces deux domaines intéresse:

Blum, G. (2017). “Éléments de réflexion sur le design et sur le management”. Le Libellio 13(4), pp. 61-68.

PS. Merci à Hervé Dumez pour l’invitation à écrire cet article.

Ce blogue présente plusieurs projets sur lesquels je travaille, principalement dans les domaines du management, de la gestion de produits/services innovants et de la gestion des connaissances. J'alimente ce blogue à un rythme irrégulier.