Les humanités numériques ?

Est-ce un oxymore que de parler d’humanités numériques ? Pour en savoir plus, on peut se référer à la très intéressante discussion sur les humanités numériques, enregistrée à l’occasion du Salon du Livre de Paris 2014, animé par Xavier de la Porte, avec Alexandre Gefen (fabula.org), Pierre Mounier (CLEO), Michel Wieviorka (FMSH).

Et pour aller plus loin, l’Institut français publie un rapport sur les « humanités numériques ». On peut également se référer au livre de Milad Doueihi, « Pour un humanisme numérique ».

Politique du logiciel libre par Sébastien Broca dans l’émission Place de la toile

J’ai écouté aujourd’hui en balado-diffusion l’excellente émission Place de la toile, une des rares émissions traitant bien des nouvelles technologies et de la culture numérique. L’émission en question a plusieurs semaines puisqu’elle date de fin 2013, mais elle mérite d’être écoutée. Elle traite de logiciels libres, de leurs cultures et de l’utopie associée à ce mouvement. L’invité est Sébastien Broca, auteur d’une thèse transformée en ouvrage portant sur l’utopie du logiciel libre.

L’émission est riche, mais je trouvais intéressant, pour illustrer l’idée du logiciel libre et de la collaboration associée d’illustrer la chose dans la forme même de cet article.  En effet, l’entrevue a été retranscrite par des membres de l’association APRIL. Je me suis donc permis de récupérer le texte, et de réaliser une rapide analyse à partir d’un logiciel libre d’analyse de texte, et d’en faire une interprétation libre.

Broca-graph_similitude

À partir de ce graphe de similitude, on voit que l’émission tourne autour du logiciel libre, avec plusieurs questions portant entre autres choses sur la propriété intellectuelle, sur l’idée de liberté et la question politique associée, sur le rapport à la technique et à l’économie. On traite du logiciel à travers son utilisation, spécifiquement de la question différenciée du logiciel à code source ouvert (open source) et de son utilisation pas les grandes entreprises. Enfin, la question du travail et des modes d’organisations sont traités.Broca-AFC

On distingue dans l’entrevue, à partir d’une classification du discours, cinq classes de discours observables sur l’Analyse factorielle des correspondances (AFC) ci-dessus. 1) La classe rouge traite de la question technique, retraçant l’historique du développement du logiciel. 2) La classe verte représente le logiciel libre, vu comme un élément philosophique centré autour de la question de la liberté, initié par Richard Stallman. 3) S’opposant au logiciel libre, la classe bleue du logiciel à code source ouvert (open source) est centrée sur l’idée d’efficacité. 4) La classe grise reprend la dimension managériale d’organisation du travail, correspondant à l’innovation organisationnelle menée par le logiciel libre, reprise plus tard par des projets comme Wikipédia, et aplanissant la hiérarchie. 5) Enfin, la classe violette reprend l’idée du logiciel libre comme utopie (ou réalité) politique, ouvrant la voie à un nouveau mode de société (pour le dire vite) question au coeur du livre de Sébastien Broca.

Ce trop court résumé de l’émission, bien incomplet, illustre dans sa forme même la puissance de l’idée du logiciel libre: remixer les contenus pour en faire de nouveaux usages.

Voir aussi Sortie du livre Utopie du logiciel libre – Interview de Sébastien Broca.

Classement environnemental des compagnies aériennes

Le 11 sLogo atmosfaireptembre dernier, l’entreprise allemande Atmosfair a réalisé un intéressant classement des compagnies aériennes sur la base des données détaillées de l’OACI, en prenant comme référence un vol plein sur un appareil efficace, puis, en déterminant un coefficient d’efficacité pour chaque compagnie.

Au Canada, deux compagnies aériennes sont présentes dans le classement:

  • Air Transat – classée 16e sur 125 compagnies évaluées – 74% d’efficacité
  • Air Canada – classée 62e sur 125 compagnies évaluées – 61,3% d’efficacité

Pour remettre en perspective, voici le positionnement de quelques autres compagnies:

  • Monarch Airlines – 1ère place (81,1% d’efficacité)
  • Emirates – 20e (72% d’efficacité)
  • KLM – 32e (68,4% d’efficacité)
  • Air France – 34e (67,6% d’efficacité)
  • US Airways – 38e (67,3% d’efficacité)
  • United Airlines – 39e (67,2% d’efficacité)
  • British Airways – 50e (63,9% d’efficacité)
  • Qatar – 51e (63,8% d’efficacité)
  • Lufthansa – 54e (63,7% d’efficacité)
  • Delta – 77e (56,8% d’efficacité)
  • Virgin Atlantic Airways – 112e (43,9% d’efficacité)
  • PGA – Portugalia Airlines – 125e (31,2% d’efficacité)

Le classement complet distingue entre court, moyen et long courriers. Le rapport, ainsi que les détails méthodologiques sont entièrement disponibles en ligne.

Sur son site internet, l’entreprise présente également un calculateur de CO2-équivalent. Par exemple, un aller-retour Montréal-Paris représente 3 800 kg d’équivalent CO2 par passager. On est encore loin d’un vol propre, même si l’industrie fait beaucoup d’effort pour y arriver…

Où boire un bon espresso à Montréal ?

Voilà une question simple, dont la réponse n’est pas forcément facile à trouver. Boire un bon espresso, pour les amateurs, c’est vraiment une expérience agréable. Or, tous les espressos ne se valent pas, surtout à Montréal, ville Nord-Américaine où l’on trouve souvent des cafés moins que passables. Heureusement, il existe des lieux privilégiés où assouvir ce délicat plaisir des sens. Encore faut-il connaître ces sites privilégiés, pas forcément les plus populaires ou les plus visibles.

Avec quelques amis d’Espaces Temps (Aurélie, Hélène, Pier-Hugues, Vincent), nous avons créé une carte regroupant nos préférences. Le choix est arbitraire, mais si vous passez par là et que vous connaissez une belle place non référencée, n’hésitez pas à partager cette information avec d’autres amateurs en postant un commentaire…

La 5e conférence du GeCSO s’est tenue sous la pluie …

… ou presque !

En effet, à la veille du premier jour, et alors que nous tenions un kiosque d’accueil, une pluie torrentielle a inondé Montréal, la transformant l’espace d’une après-midi en Venise d’Amérique, voyant apparaître de nouveaux geysers et transformant les véhicules roulants en barques urbaines. À l’ESG UQAM, nous avons eu notre lot de problèmes.

Innondations à l'ESG
C'est bien le plafond du bâtiment et non la nouvelle fontaine d'intérieur de l'ESG

Bref, le GeCSO (Gestion des connaissances dans la société et les organisations) s’est transformé en GeCS-Eau : une véritable gestion de crise pour sortir de l’eau!

Les locaux initialement prévus ayant été rendus indisponibles, il nous a fallu faire preuve de beaucoup de créativité et de patience dans l’urgence pour trouver une solution autre que l’annulation. Heureusement, nous formions une superbe équipe avec Kerstin, Chiraz et Mehran, appuyée par Nacer et sa femme, Alexandre, Julie, Nizar, Julie, Jérémy, Marie-Christine, Roxanne, Khadija et Thomas. À vous tous, encore merci ! Nous avons pu relocaliser la conférence le 30 au matin – un large 10 minutes avant de commencer.

Ce fut néanmoins un très bel événement, qui restera, je l’espère, dans la mémoire des participants aussi vif et passionnant que dans la mienne. Nous avons eu l’occasion de mener des débats majeurs sur les fondements de la gestion des connaissances, entre autres avec MM. Richard Déry, Serge Robert, Pascal Lièvre, Jean-Louis Ermine. Je ne peux citer toutes les contributions captivantes ayant eu lieu pendant la conférence, il me faudrait pour cela reprendre le programme de celle-ci. Le niveau des contributions a dépassé mes meilleures espérances, dont le seuil était pourtant élevé. J’aurai sûrement l’occasion de revenir sur le contenu dans les mois à venir.

Autre temps fort : la conférence fut l’aboutissement – qui comme tout aboutissement ne correspond qu’à un début – d’un chantier important qui marquera le monde de la recherche dans le domaine, pour les années à venir. En effet, la 5e conférence servit d’hôte au lancement officiel de la nouvelle association pour la gestion des connaissances dans la société et les organisations (AGeCSO), association qui sera le point de rencontre des échanges scientifiques sur ce sujet dans l’univers francophone. Nous aurons là aussi très certainement l’occasion de traiter de ce sujet dans un futur proche.

Pourquoi nous devrions tous soutenir le mouvement étudiant (y compris le gouvernement)

Faire sa juste part, c’est diminuer à long terme les frais de scolarité

Depuis le début du conflit, le gouvernement demande aux étudiants de faire leur « juste part » (anglicisme) en contribuant aux frais des universités qui les forment. Si l’argument peut sembler de raisonnable, il ne tient pas compte d’un élément essentiel lié au triple rôle que jouent les universités dans nos sociétés modernes fondées sur le savoir.

En effet, loin d’être uniquement des lieux de transmission de connaissances à travers l’enseignement, celles-ci sont également des lieux de création de nouveaux savoirs (la recherche) et des acteurs socio-économiques (le service à la collectivité, par exemple quand un professeur effectue une analyse dans un rapport public, participe à un conseil d’administration, au téléjournal, à une commission d’enquête, etc.). Généralement, on considère que la répartition est à peu près équitable entre ces trois missions, même si l’on note depuis plusieurs années une dérive importante vers la recherche au détriment des deux autres missions.

Donc, vouloir augmenter les frais de scolarité, c’est – en quelque sorte – faire financer par des personnes à faible revenu (les étudiants) des charges qui devraient l’être par toute la société.

Par ailleurs, l’un des arguments que l’on entend souvent est le suivant : parce que les personnes ayant réalisé des études seront mieux payées, il est normal qu’elles payent plus. Certes, l’argument à du sens. Mais pourquoi vouloir récupérer l’argent quand ces personnes sont encore pauvres, alors que par l’impôt, il est possible de récupérer cet argent, et même bien plus si on le souhaite, mais sur une longue période de temps, donc de façon plus douce (car plus étalée) et à un moment de la vie où les anciens étudiants ne seront plus dans le besoin, car possédant un haut revenu?

C’est enfin négliger la dimension sociale de l’éducation. Quel serait le Québec de demain si nous nous arrêtions de former – ou formions moins – de médecins, d’ingénieurs, d’agronomes, etc. ? À l’ère de l’économie fondée sur le savoir, c’est toute la société qui serait perdante. Il nous faut au contraire favoriser au maximum l’éducation pour en faire une richesse collective, afin de mieux soigner, de mieux consommer, et de mieux échanger. Sinon, nous avons perdu d’avance la bataille du XXIe siècle autour du savoir. Est-ce cela « faire sa juste part »?

De la liberté du logiciel et de son ouverture : tour d’horizon et perspectives

C’est le titre d’un article qui vient d’être publié dans la revue le Téléscope, revue d’analyse comparée en administration publique, ou je traite du logiciel libre à travers cinq questions: ce qu’il est, ou les trouver, qui les conçoivent, qu’est ce que la gauche d’auteur, pourquoi l’utiliser. J’y décrit les valeurs et les modes d’organisation. Dans la dernière partie, je traite de l’état d’avancement du logiciel libre au Québec et dans l’administration publique québécoise. L’article est disponible sur le site internet de la revue le Téléscope.

Source: Blum G. (2012). « De la liberté du code et de son ouverture : tour d’horizon et perspectives ». Le Téléscope. Revue d’analyse comparée en administration publique, 18(1). Article disponible en ligne.

Conférence en gestion des connaissances les 30, 31 mai et 1er juin à Montréal

Les 30, 31 et 1er juin 2012, nous organisons à Montréal avec plusieurs collègues un grand événement académique, la 5e conférence en gestion des connaissances dans la société et les organisations (GeCSO) dont le thème principal cette année est le suivant : « L’Homme dans l’organisation et son rapport au savoir : l’indisciplinarité peut-elle aider à saisir sa complexité? ». Cet événement qui se tient pour la première fois au Québec, est chapeauté par la nouvelle et dynamique association en gestion des connaissances dans la société et les organisations (AGeCSO).

Pendant ces trois jours, nous allons avoir l’occasion d’échanger, de débattre sur le thème de la gestion des connaissances. Au regard du haut niveau académique des quatre précédentes éditions, celle de 2012 s’annonce, elle aussi, particulièrement intéressante.

L’une des originalités de cette conférence est d’inviter dans le débat des professionnels oeuvrant dans le secteur, mêlant ainsi théories et pratiques. Cela permet aux intervenants, en plus de débattre d’aspects théoriques importants, d’également garder les « pieds sur le plancher des vaches », bref, de ne pas perdre le contact avec la réalité! Nous aurons ainsi une journée pendant laquelle différents professionnels viendront présenter les pratiques de leurs organisations. Nous aurons également l’honneur – lors de la première journée de la conférence, d’accueillir Jean-Yves Prax, auteur de plusieurs livres sur le sujet, et consultant auprès de nombreuses petites et grandes entreprises en France. De nombreux universitaires auront également l’occasion de s’exprimer, comme Richard Déry (HEC Montréal), Jean-Louis Ermine (Télécom École de Management), mais bien d’autres encore ! Plus de trente conférences et communications sont déjà prévues.

Aux conférenciers, se joindront également des étudiants souhaitant se spécialiser dans le domaine, et des professionnels du secteur, pour se maintenir à jour des meilleures pratiques et échanger avec nos conférenciers.

Si vous travaillez dans le domaine, ou que vous souhaitez en savoir plus sur celui-ci, c’est l’occasion ou jamais! Vous pouvez en savoir plus sur la conférence allant directement sur le site internet de celle-ci: http://gecso2012.uqam.ca. Vous pouvez également consulter notre petit document de présentation.

Le secteur aéronautique au Québec

L’aéronautique est un des secteurs les plus importants au Québec, dans le domaine des hautes technologies. Tout d’abord, quelques chiffres pour illustrer cela. Il regroupe près de 250 entreprises, pour un total approchant les 40 000 emplois. C’est ainsi près d’un québécois sur 190 qui travaille dans cette branche. Sa masse salariale représente environ 3,3 % des effectifs mondiaux de ce secteur. Le chiffre d’affaires cumulé de ces entreprises représente au Québec environ 12 milliards de dollars. Près de 80 % de la production est exportée, ce qui en fait le premier secteur exportateur manufacturier au Québec. Le seul Québec représente d’ailleurs 60 % de la production totale aéronautique au Canada, mais plus de 70 % de la R&D du secteur. On ne s’étonnera alors pas que l’industrie aéronautique obtienne le premier rang de la R&D au Québec, au sein de la branche manufacturière.

On divise généralement les entreprises de ce secteur en quatre catégories: les maîtres d’oeuvre, les équipementiers, les fournisseurs de produits et de services spécialisés et finalement les sous-traitants. La grappe québécoise regroupe des entreprises de chacune de ces catégories, dont quatre maîtres d’œuvre: Bombardier Aéronautique dans le secteur des avions d’affaires, régionaux et amphibies; Bell Helicopter Textron Canada, constructeur d’hélicoptères; Pratt & Whitney Canada, spécialiste des moteurs d’avions et d’hélicoptères et CAE, concepteur et fabricant de simulateurs et de services de formation intégrés.

Montréal est également le siège de quatre organismes internationaux : l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI); l’Association du transport aérien international (ATAI / IATA); la Fédération internationale des associations de contrôleurs aériens (IFATCA) et le Conseil international de formation aérospatiale (CIFA).

Au-delà de toutes ces informations, il est à noter que la grappe aéronautique québécoise est un regroupement extrêmement innovant. Par exemple, le secteur des jets régionaux a été inventé au Québec, par Bombardier. Cette entreprise a d’ailleurs su se maintenir leader sur cette catégorie d’appareils. Forte de ses succès, Bombardier continue à innover, avec le Série C, avion qui rentrera en concurrence avec les Boeing et Airbus, tout en disposant de nombreux avantages technologiques. Il s’agira notamment d’un avion offrant des économies de coût d’exploitation, et surtout plus silencieux et plus vert, permettant une diminution de près de 20 % de gaz à effet de serre.

Tout cela fait de Montréal, en quelque sorte, la capitale mondiale de l’aéronautique. Il s’agit d’ailleurs du seul endroit au monde, où dans un rayon de 30 km, un avion peut être réalisé au complet. Toutefois, aussi forte que soit la grappe aéronautique québécoise, celle-ci n’en est pas toujours consciente, notamment en termes de maintien des connaissances stratégiques. C’est notamment à cet enjeu majeur pour l’avenir de la grappe aéronautique que s’attaque le groupe en management des entreprises de l’aéronautique dont je fais parti.

Grappe aéronautique Québécoise - Liens d'affaire

Par exemple, nous avons cartographié il y a quelques années les relations d’affaires entre entreprises du secteur (voir l’illustration). À partir de ce modèle, un ensemble de simulation permet de démontrer une certaine sensibilité à certains facteurs clés, notamment la perte de connaissances, due par exemple à des délocalisations potentielles. Alors que le secteur aéronautique canadien fête cette année ses 100 ans, notre groupe travaille avec les entreprises et organismes de la grappe au maintien pour les années à venir des compétences qui ont su donner sa réputation à l’aéronautique québécoise.

Texte retravaillé à partir de l’article paru dans la revue Vision: Blum G., Ebrahimi M. (2009). « Le secteur aéronautique au Québec ». Bulletin Vision, 2(1), octobre.

Ce blogue présente plusieurs projets sur lesquels je travaille, principalement dans les domaines du management, de la gestion de produits/services innovants et de la gestion des connaissances. J'alimente ce blogue à un rythme irrégulier.